‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 56 sur 91 · GUÉROULT · texte numérisé non relu

GUÉROULT

Du Coq et du Renard.

Le regnard par bois errant,

Va querant, Pour sa dent tendre paslure, Et si loing en la On va,

Qu'il trouva Le coq par mésaventure.

Le coq, de grand peur qu'il ha,

S'envola Sur une ente* haute et belle.

Disant que maistre regnard

N'ha pas l'art De monter dessus icelle.

Le regnard, qui l'entendit,

Luy a dit, Pour mieux couvrir sa fallace ' :

« Dieu te gard, ami très cher !

Te chercher Suis venu en cette place.

Pour te racompter un cas

Dont tu n'as Encores la congnoissance; C'est que tous les animaux,

Laidz et beaux.

Ont fait entre eux alliance.

Toute guerre cessera,

Ne sera

» Terme générique pour désigner toute sorte d'arbre. — * Tromperie, ruse.

Plus entre eux fraude niiiligne; Seurement pourra aller

Et parler Avecques moi la geline *.

De bestes un million

Le lyon Meine jà par la campaigne ; La brebis avec le loup

A ce coup Sans nul dangier s'accompaigne.

Tu pourras voir icy bas

Grands esbats Démener chascune beste :

Descendre doncq il te faut

De la baut, Pour solenniser la feste. »

Or feust le coq bien subtil :

« J'ay, dist il, Grand joye d'une paix telle, Et je te remercie bien

Du grand bien D'une si bonne nouvelle. »

Cela dit, vient commencer

A hausser Son col et sa creste rouge, Et son regard il espard

Mainte part, Sans que de son lieu se bouge.

1 Poule.

HAUDENT. iil

Puis dist : « J'entens par les boys

Les abboys De Iroys chiens qui cherchent proye.

Ho ! compère, je les voy

Près de toy; Va avec eux par la voye.

— Ha, dist il; car ceux cy n'ont pas

Sceu le cas Tout ainsi comment il passe, Et pourtant pour ceste fois

Je m'en vois, De peur que n'aye la chasse.

Ainsi feust, par un plus fin,

Mise à fin Du subtil regnard la ruse.

Qui ne veut estre deceu

A son sceu, D'un tel engin faut qu'il use.

(/</., iè., p. 8.)

De la guerre des chiens, des chats et des souris.

Les chiens, voyant que leurs maistres vouloient Les chasser hors, vindrent à leur promettre De les servir trop mieulx qu'ils ne souloient, Et de ce faire ils en passèrent lettre, Laquelle aux chatz fut baillée, afin d'estre Par eulx gardée en lieux seurs et escartz ' ; Mais sur des ayz la sont venus à mettre, Où les souriz en firent mille partz.

' Écartés.

U2 POÈTES DU XVl" SIÈCLE.

Or peu aprez, il advint que les chiens

Feurent aux chatz leurs lettres demander,

Ne voulant plus estre obligez en riens.

Sur quoy les chatz vinrent à leur nnander

Que les souris, en lieu de viander *

En aultre chose, ilz s'estoient empeschées

A les ronger, manger et friander,

Tant que du tout les avoient despechées^.

Incontinent que les chiens entendirent Iceulx propos, dès lors guerre mortelle Contre les chatz mouver'ils prétendirent, Mesmes les chatz, pour cause et raison telle, Contre souris meurent guerre, laquelle On voit encor jusqu'à ce jour durer.

Voire si aspre, infortune et cruelle Qu'à chaque coup leur font mort endurer.

Parla fable on doibt retenir Que quand plusieurs hayne ou rancune Tiennent sus aulcuns ou aulcune, Sont veuz à jamais la tenir.

(G. Haudent.)

Le Chesne et le Roseau.

Un chesne dur, puissant, robuste et fort, Contre un roseau foible et débile et tendre, Pour demonstrer sa puissance et ell'ort Jadis voulut quereller et contendre*, En soutenant qu'il n'oseroit prétendre Se comparer à luy quant en puissance ;

> Prendre leur nourriture. — 3 Détruites. — ^ Mouvoir, exciter. * Combattre, lutter.

Car, s'il le fait, luy offre sans attendre Livrer assault et luy porter nuisance.

Quand le roseau eut ouï les contends * Et les propos de ce cliesne orgueilleux, Il luy a dit : « On pourra voir en temps Lequel sera le plus fort de nous deux. » Or cependant qu'ils devisoient entre eux De leur pouvoir, voicy venir un eir^ De vent de bise aspre et impétueuse, Qui fait tomber le cbesne sur la terre. Quand il se vit en ce point abattu.

Et le roseau estre debout encoire, Il demanda par quel force et vertu Il avoit pu obtenir la victoire.

Il luy a dit pour raison péremptoire Que ce a esté pour avoir obéi A cestuy vent, car luy estoit notoire, Qu'il fust rompu, s'il eust désobéi.

(G. Haudent.)

Guillaume de S^-luste, seigneur du Bartas, en Armagnac, eut l'honneur d'opposer utie poésie sévère, morale et toute religieuse à la poésie toute païenne de Ronsard, et à la poésie molle, voluptueuse et épiourienne de Desportes. Lui, il ne s'inspire que de la Imuso céleste, Uranie; et il invite ardemment les autres poètes ;i marcher dans la voie nouvelle qu'il leur ouvre. Dans un saint lèle de réforme, il leur crie :

1 Contestations, querelle-. — « Tourbillon.

d4i POETES DU XVr SIÈCLE.

u Laissez-moy donc à part ces fables surannées, Mes amys ; laissez-nioy cet insolent archer Qui les cœurs otieux 1 peut seulement brescherS, Et plus ne soient par vous les muses profanées. Etc. »

Cette idée de retour à un genre plus digne du christianisme avait été conçue d'abord par Jeanne d'AIbret qui, pour la réaliser, jeta les yeux sur du Bartas, alors fort jeune, et l'invita à rédiger l'histoire de Judith « en forme d'un poème épique. » Le poète gascon allongea ce sujet biblique en six chants qui soutiennent la lecture, mais manquent d'originalité et d'idéal.

Le succès de Judith fut douteux; mais un ouvrage plus considérable et bien autrement étudié le porta tout d'un coup au sommet de la gloire.

En 1578, du Bartas publia la, Semaine, ou la Création. Le chantre biblique y étale successivement les merveilles de la nature, décrit tous les ôtres et tous les objets de Tunivers, à mesure qu'ils sortent des mains du Créateur, et en faisant naître l'homme il raconte son histoire physique et morale, et parle de tous les arts dont il est l'inventeur.

Les circonstances firent en partie le succès de cette œuvre, dont la partie scientifique ne fait guère que reproduire l'histoire naturelle de Pline, et quelques ouvrages connus. Elle présente cependant une conception générale et des beautés de détail dignes d'un vrai poète. De temps en temps l'esprit est frappé par des traits d'une imagination originale. Çk et là — par exemple dans le commencement du septième chant — il est captivé par des tirades éloquentes.

Les morceaux tout à fait supérieurs sont clairsemés, mais les vers bien frappés ne sont pas rares. En voici quelques-uns qui sont vraiment d'un style sérieux et grand :

u Or donq avant tout tans, manière, forme et lieu, Dieu tout en tout estoit, et tout estoit en Dieu, Incompris, infini, immuable, impassible, Tout esprit, tout lumière, immortel, invisible. Pur, sage, juste et bon, Dieu seul regnoit en paix; Dieu de soi-mesme estoit et l'boste et le palais 3. »

Les descriptions forment la partie la plus brillante de la grande Semaine. C'est aussi ce que le poète a le plus travaillé. Il y apportait les soins les plus minutieux. C'était sa grande occupation.

La description du cheval, entre autres, est très belle, malgré ci i -

« Oisifs. — 2 Entamer par une brèche, faire une brèche h. — ^ La Semai7ie, I.

aines bizarreries de diction, comme celle htjpotijpose pour cxpri- Mcr le galop du cheval :

«( Le champ plat bat, abat, detrappe, grappe, atrappe Le veut qui va devant »

Nous signalerons encore le passage où le poète compare Dieu ontemplant avec complaisance son œuvre finie h un peintre qui, iprès avoir donné le dernier trait à un tableau,

« Oublye ses travaux, rit d'aise en son courage, Et tient toujours les yeux collés sur son ouvrage. «

Il y a là, plusieurs pages qui doivent compter parmi les premiers iiodèles chez nous de la poésie descriptive.

La Scmame renferme aussi des narrations bien écrites, telles que -:elle-ci :

Le Lion et l'Esclave romain (Androclès).

Mais courage; voici le lion, qui comande Sur les plus orguilleus de la sauvage bande. Genereus animal, qui n'est si fier aux fiers, ijue courtois aus courtois; qui prête volontiers L'oreille pitoiable à cil qui le suplie; Et qui d'un cœur ingrat les biens receus n'oblie. J'en apelle à témoin cet esclave romain Qui pour sortir des ceps de son métré inhumain, Qui jamés ne levoit le joug de son épaule, Ni le fer de ses pies, ni de son dos la gaule, S'enfuit parles déserts; et du chemin lassé Se retire à la fin dans un antre moussé ^.

A peine il començoit, pressé du somme, étendre Ses membres harassés sur l'herbelete tendre Du sauvage logis, qu'il voit entrer dedans Un farouche lion fésant craquer ses dens.

Le brigant, qui se voit conduit par la justice

1 Moussu.

A l'appareil honteus du mérité suplice,

Qui sent bander ses yeus, qui sent lier ses bras,

Qui n'atend que le coup du vengeur coutelas,

Meurt avant que mourir, tant et tant il s'asseure

Qu'il faut que sur le lieu sans plus tarder il meure :

Tout de même le serf, voiant qu'il ne peut pas

Eviter en fuiant l'aprehendé trépas,

Moins combatreencampclos,n'aiantpour toutes armes

Que les sanglots, les vœus, les soupirs et les larmes.

Embrassant ja la mort, demeure longuement

Sans chaleur, sans couleur, sans pous, sans mouvement.

Mais l'esclave à la fin reprend un peu courage Remarquant beaucoup plus de pitié que de rage En son hôte nouveau, qui d'un regard humain Semble comme implorer le secours de sa main, Luy montrant mainte fois une épine fichée Dans la brûlante chair de sa pâte écorchée.

Adonq, bien que creintif, l'esclave, s'aprochanl, D'une légère main va l'épine arrachant; Et, pressant de ses dois la partie entamée, Fét à terre couler l'apôutume enflamée.

De ce pas le lion, picoureur, va courir Et par mons, et par vaus, pour son hôte nourrir. Son médecin nouveau, qui bien tôt abandone Et les vivres brutaus, et la grote felone; Et derechef encor chemine, vagabond, Où le sort le conduit, sur le sable infécond; Jusqu'à tant que, repris, son seigneur le ramené Pour servir de spectacle à la grandeur romaine, Et, suivant la rigueur d'une barbare loi. Déchiré des lions, sanglanler* un tournoi.

Canibale felun, cyclope inexorable,

* Ensanglanter.

l'uis que tu veus combler de maux ce misérable, lit pourquoi l'oies tu, ù Busirç inhumain, l't pourquoi, Leslrigon, l'otes tu de ta main, Tour le livrer aus ours, aus onces, aus liunes, Oui mile et mile fois sont moins que toi felones ?

Les lions "nemeans, les tygres iberois, Les panthères d'Afrique, et les ours pannonois. Ne s.:nt point si cruels que celui qui dépouille La sainte humanité; qui, barbare, se souille Du sang de ses sujés, et de qui les ébats Ne gisent qu'en impos, massacres et combats.

Parmi tant d'animaus, qui, groumelans * de rage, Couvrent le parc félon de sang et de carnage, Un lion ja déja^ cent fois victoriens Sur tout autre ^ détient '" du fol peuple les yeus, Bourreau des criminels qui d'une foible escrime, En vain tachent de fuir la pêne de leur crime. (Vest contre ce lion que le serf fugitif, Forcé, marche à la fin d'un pas lent et creintiL Mais il n'entre si toi dans la sanglante lice, (Jue le lyon s'émeut : tout son crin se hérisse; Son cors se racourcit, son œuil affreus reluit, Et de sa bouche sort un effroyable bruit. Puis, foiietant mainte fois d'une queue nerveuse Ore ses larges flancs, or la terre podreuse, 11 réveille son ire, et va roide, tout droit Contre son ennemi, qui déjà préque boit L'onde du glacé Lethe, et les grans dieus reclame, Ains pour sauver sa vie, ains pour sauver son arae. La beste, après avoir fét vint ou trente pas, S'arrête tout d'un coup; et mirant haut et bas Les très du palle esclave, enfin, d'aise ravie,

1 Grommelant. — * La locution pléonasraatique ,/à rfps/A était fort usuelle au seizième siècle. — ^ Plus que tout autre. — * Fixe.

J48 POÈTES DU XVf SIÈCLE.

Se souvient de tenir de sa dextre sa vie. Voila pourquoi, changeant sa haine en amitié, En bonté son orgueil, sa colère en pitié, Elle tient fixement ses yens sur son visage; Elle lèche ses mains ; elle lui fét hommage. Le serf, qui le connoit et qui se voit connu. Levé devers le ciel son front déjà chenu, Et, sans plus redouter la déchirante pâte. S'approche du lion, le caresse, le flate; Et connoit qu'un plaisir fét en adversité Reçoit, ou tôt, ou tard, le loyer mérité.

[La grande Semaine, vi' jour, éd. 1078, pi 174.)

Du Bartas était protestant, mais, bien moins satirique et bien moins amer que d'Aubigné, il épargnait les personnes et n'envenimait pas du poison du sectaire les sujets qu'il traitait. Il sut si bien éviter de donner à la Semaine ou Création du monde le caractère calviniste, qu'elle put paraître avec l'approbation des docteurs de la Faculté de théologie; catholiques et protestants rivalisèrent d'empressement à la lire,

Comme complément de son premier travail, il fit paraître, au commencement de Tannée 1584, la Seconde Setnaine, c'est-à-dire l'Éden et la Suite. Son plan, resté inachevé, était de tracer l'histoire politique et religieuse du monde depuis la création.

Il dit à Dieu, dans son invocation :

« Donne moy de chanter l'histoire de l'Église Et l'histoire des rois. »

Il aurait donné pour couronnement et pour septième jour le Sabbat éternel. Ce qu'il a terminé, l'histoire abrégée des faits et des héros primitifs, en deux jours, — Adam, premier jour,A'o^, second jour, — est extrêmement faible.

Cette composition médiocre offrirait cependant à citer de beaux vers descriptifs, tels que les suivants, oii il est fait allusion aux magnificences de la nature du Brésil, qui attirèrent vivement l'attention des poètes et des naturalites, après l'arrivée, deux fois répétée, sur notre sol, de sauvages brésiliens :

« ppja l'ardent cocuye 1, es Espagncs nouvelles.

Porte deux feux au front et deux feux sous les ailes,

L'ak'uille du brodeur aux rais de ces (lambeaux

Souvent d'un lit royal chamarre les rideaux;

Au rais de ces brandons, durant la nuit plus noire,

L'injîcnieux tourneur polit en rond l'yvoire,

A ces rais l'usurier recompte son trésor,

A ces rais l'escrivaiu conduit sa plume d'or. >>

On cite souvent aussi cette pointure du cheval :

Le cheval dompté par Caïn -.

... Entre cent chevaux brusquement furieux,

Dont les forles boautez il mesure des yeus,

Il en prend un pour soy, dont la corne est lissée,

Retirant sur le^ noir, haulte, ronde et creusée.

Ses paturons sont courts, ni trop droicts, ni lunez ^ ;

Ses bras secs et nerveux, ses genoux descharnez.

li a jambe de cerf, ouverte la poitrine,

Large croupe, grand corps, flancs unis, double escbine,

(loi mollement vousté comme un arc my tendu,

Sur qui flotte un long poil crespement" espandu,

Yeux gros, prompts, relevez, bouche grande, escumeuse,

Naseau qui ronfle ^, ouvert, une chaleur fumeuse.

Son pas est libre et grand, son trot semble égaler Le tigre en la campagne et l'arondelle en Ter, Et son brave galop ne semble pas moins viste <Juele dard biscaïen ou le traict moscovite. Mais le fameux canon, de son gosier bruyant, Si roide " ne vomit le boulet foudroj'ant,

1 Le lampyre, qui fut la merveille du seizième siècle, et que les Indiens des Antilles nommaient cocmjo. — ^ Rapprochez de ce morceau Job, cliap. xxxu, vers. 19 et suiv.; Virgile, Géorg., Ill, v. 72 "i suiv.; Bossuet, Méditatinns sur l'Eoongile, 2^ partie, IV" jour; liuffon, le Cheval; Delille, les Jarlins, chant l. — 3 Sg rapprochant 'lu. — * En forme de lune. — ^p^r boucles. — ^Expire avec brait. — ' Avec autant de roideur

150 POÈTES DU XVr SIÈCLE.

Qui va d'un rang antier esclaircir une armée Ou percer le rempart d'une ville sommée ^, Que ce fougoux cheval, sentant lascher son frein Et piquer ses deux flancs, par viste de la main, Desbande tous ses nerfs, à soy mesmes eschappe, Le champ plat bat, abat, destrape, grape, attrape - Le vent qui va devant, couvert de tourbillons Escroule sous ses pieds les bluetans ^ sellions, Fait décroistre la plaine, et ne pouvant plus estre Suivi de l'œil, se perd dans la nuë champestre. Adonques le piqueur, qui, jà docte, ne veut De son brave cheval tirer tout ce qu'il peut, Arreste sa fureur, d'une docte baguete Luy enseigne au parer ^ une triple courvete. Le loue d'un accent arlistement humain.

Lui passe sur le col sa flateresse main. Le tient et juste et coy, luy fait reprendre haleine. Et par la mesme piste à lent pas le r'amène.

{Premier jour de la seconde Semaine, les Artifices, éd. 1584, f^ 46 v°.)

Les principaux poèmes de du Bartas se recommandent h. rhistorien de la littérature par des beautés et des mérites véritables. Mais que de défauts choquants les déparent!

Au témoignage de rhistorien de Thou, dont il avait été intimement connu, du Bartas était, dans ses manières et dans sa vie, plein de simpliciié et de candeur, et avait les goûts les plus purs et les plus débonnaires s. Et cependant c'est un des écrivains les plus ampoulés, les plus guindés, h's plus maniérés que l'on vit jamais. Qui ne connaît sus recherches pédantes de tournures grecques et latines, ses afifectatioiis des mots nouveaux, ses abus des épiihètes composées à la grecque, qu'il ne sème pas avec la main, suivant ses propres expressions, mais avec le sac ou la corbeille ; — il avoue que bien

1 De se rendre. — ^ Malheureux essai d'harmonie imitative. — ^ Où croissent les bluots. — * Terme de manège : arrôt relevé du cheval. — » Hist., liv. X€IX, an 1590.

uvent, clans sa Première Semnine, on en lit sept ou huit à la file; — ses entassements de mots étranges, dont il redouble la première syllabe pour en aiguiser le sens : ba-buttre, pour battre ; ha-batteinent, pour battement; flo- flotter^ pour flotter; pc-pétitler, pour pétiller; bra-branlant, pour branlant? C'est ainsi qu'il prétendait

irichir notre langue qui, selon lui, ne faisait • que sortir presque son enfance », et lui procurer l'abondance et les ressources du -TOC et de l'allemand.

On rencontre encore chez lui des mignardises ridicules, dans le cenre de celles-ci :

i< La gentille alouette avec son tirelire, Tirelire alire et tirclirant tire Vers la voultc du ciel, puis son vol vers ce lieu Vire, et désire dire adieu Dieu, adieu Dieu. «

Tous ses ouvrages sont bariolés des fautes de goût les plus révoltantes et les plus ridicules; enfin Duperron a pu lui reprocher d'affectionner de vilaines rt sales métaphores. Racontant que Dieu existait seul avant la création, il le compare au « preux Scipion n, et, Jt l'idée du Créateur, joint l'idée du loup-garou. Un peu plus loin, Aloise est un grand-duc. A propos du désordre et du chaos des quatre éléments, il dit ([ue VArc/ier du tonnerre, grand maréchal de I iimp, c'est-à-dire Dieu, ne leur avait pas encore donné quartier à liiacun ; le monde serait resté à jamais confus, si la parole souveraine

« N'eust siringué dedans ces membres morts Je ne sçais quel esprit qui meut tout ce grand corps. »

Lui, qui avait eu le bon esprit de déserter les muses profanes, il /ait, comme les fiaîens contre lesquels il s'est élevé, un emploi bizarre et souvent ridicule et grotesque de la mythologie. Il confie à Flore et à l'omone le soin d'embellir le jardin d'Eden. Il appelle les vents les postillons d Eole.

Le style du Gascon du Bartas sent trop so7t naturel ramage, suivant ses propres expressions ; probablement, s'il eût vécu davantage à Paris, il aurait modifié sa manière et épuré son goût.

152 POÈTES DU XVr SIÈCLE.

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