APERÇU DE L\ PROSE FRANÇAISE AU XVP SIÈCLE
zième siècle par des hommes dont le nom mérite d'ôtre au moins cité ici, comme le chancelier Olivier (1497-1560), qui « introduisit, dit Montesquieu, la justice jusque dans le conseil des rois, et fit plier la politiquedevant elle*; » comme le président •Ir.ANNiN (t5i0-l'i22), ce bon homme et ce prud'homme, ainsi (ju'on l'appelait, auteur de Mémoires et de Négociations dont !e cardinal de Richelieu faisait sa lecture ordinaire dans sa retraite d'Avignon, et qui ont été longtemps comme le code des diplomates et des hommes d'État.
Nous voudrions dire ici quelques mots de Charles Duiiouux (iuOO-loGC), que ses contemporains surnommèrent le Papinien français ; de François Baudoin (1520-1573), un des premiers qui traitèrent la jurisprudence avec noblesse ; de Denis Godefroy (1519-1622), auteur du Corpus juris civilis ; d'Aimarde Ranconnet (né à la fin du quinzième siècle, mort en lèioG), habile également dans le droit romain, dans les mathématiques et dans les antiquités; de François de Connan ( i 508-1 00 1), auteur de savants Commentaires sur le droit civil ; de Gui Coquille (1523-1603), renommé surtout pour sa connaissance du droit coutumier ; d'André Alciat (1492-1550), Milanais qui enseigna quelques années avec éclat le droit à Hourges, et fut le premier à embellir par les agréments du style les matières judiciaires ; de Jacques Ccjas (1520-1590), un des plus illustres interprètes des lois qui existèrent jamais ; el de plusieurs autres qui s'illustrèrent diversement dans la science du droit. Le manque d'espace nous force de nous borner à cette énumération.
A la fin du seizième siècle, une révolution dans la langue est commencée, est déjà poussée assez loin. Cette langue si longtemps muable et vacillante tend à se fixer. Il se fait une épuration dans les mots, il s'opère surtout une grande modification dans les constructions. Depuis le quiuzième siècle, on avait surchargé la construction autrefois si claire; à l'effet de rendre la diction périodique, on y avait maladroitement
1 Pensées de Montesquieu. Des grands hommes de Franco.
transporté toutes ces particules conjonctives, et quelquefois purement harmoniques, qui donnent tant de grâce à l'élocntion grecque ou latine. Les phrases de cette langue intempérante étaient embarrassées d'incises multipliées à l'infini, enchevêtrées en tous sens. On avait fini par sentir combien tout cela était contraire à la netteté et à la vivacité du génie français, et une nouvelle manière de dire s'annonçait, en même temps qu'un mouvement analogue se produisait dans les arts.
Dans la littérature comme dans l'art, la réforme ne sut pas s'arrôlerà point. Ceux qui travailleront le plus glorieusement au défrichement de notre langue feront presque autant de mal que de bien. Le caprice ou une excessive délicatesse les détermineront trop souvent. A force de limer la langue, on l'énervera ; en voulant l'épurer, on la passera à un tamis trop fin, qui retiendra beaucoup de sa meilleure substance. On abandonnera les mots les plus jolis, les plus pittoresques on les plus expressifs. On rejettera des composés utiles, et surtout des diminutifs précieux. Le gracieux effet des caractéristiques latines lu, la, si mollement vibrantes, comme dans -parvulm, petit enfant, unguicula, petit ongle, était reproduit dans nombre de mots de notre vieille langue. On les sacrifiera presque tous. On fera volontairement d'irréparables pertes pour les constructions comme pour les mots. On abandonnera l'usage de certaines inversions vigoureuses ou faciles qui, sans troubler le sens, communiquaient à l'expression plus de piquant et de vivacité, donnaient du nerf à la poésie et à l'éloquence.
La victoire de Malherbe et des autres réformateurs ne sera pas sans conteste. Il y aura une école qui protestera assez longtemps contre leurs innovations et surtout contre leurs exclusions. Tels seront M"'' de Gournay, la Mothe-Levayer, Dupleix, Chevreau, Borel, et ils seront appuyés par de grands écrivains qui, en se conformant aux changements introduits par l'usage, sauront rendre hommage aux mérites de la bonne vieille langue et regretter ce qu'on n'avait pas su en garder de mots et de tours excellents.
RABELAIS. 23o