‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 80 sur 91 · A 11™^ LA COMTESSE DE GRAMMONT · texte numérisé non relu

A 11™^ LA COMTESSE DE GRAMMONT

J'arrivisarsoir 'de Maran où j'étois allé pour pourvoir à la garde d'iceluy. Ha! que je vous y souhaitay! c'est le lieu le plus selon vostre humeur que j'aye jamais veu. Pour ce seul respect 2, suis-je après à l'eschanger 3. C'est une isle renfermée de marais boscageux, où de cent en cent pas il y a des canaulx pour aller chercher le bois par bateau. L'eau claire, peu courante ; les canaulx de toutes largeurs; les bateaux de toutes grandeurs. Parmi ces déserts mille jardins où l'on ne va que par bateau. L'isle a deux lieues détour ainsin environnée; passe une rivière par le pied du chasteau, au milieu du bourg, qui est aussi logeable que Pau. Peu de maisons qui n'entre de sa porte dans son petit bateau. Geste rivière s'estend en deux bras, qui portent non-seulement grands bateaux; mais les navires de cinquante tonneaux y viennent. H n'y a que deux lieues jusquesà la mer. Certes c'est un canal, non une rivière.

1 Hier au soir. — > Motif, considération. — ^ Suis-je occupé de l'obtenir par échange.

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Contremont vont les grands bateaux jusques à Niort, où il y a douze lieues ; infinis moulins et mestairies insulées 1; tant de sortes d'oiseaux qui chantent, de toute sorte de ceulx de mer. Je vous en envoyé des plumes. De poisson, c'est une monstruosité que la quantité, la grandeur et le prix; une grande carpe, trois sols, et cinq un brochet. C'est un lieu de grand trafic, et tout par bateaux. La terre très pleine de bleds et très beaux. L'on y peut estre plaisamment en paix, et seurement en guerre. L'on s'y peut resjouir avec ce que l'on aime, et plaindre une absence. Ha! qu'il y faict bon chanter I Je pars jeudy pour aller à Pons, oi!i je seray plus près de vous; mais je n'y feray gueres de séjour... Ce xvii^ juin (1386).

{Recueil des lettres 77rissives de Henri IV, publié par M. Berger de Xivrey.)

Lettre à M. de Lubersac (1S87).

Monsieur de Lubersac, j'ay entendu par Boisse des nouvelles de vostre blesseure : qui m'est un extrême deuil dans ces nécessitez. Un bras comme le vostre n'est de trop dans la balance du bon droit; hastez donc de l'y venir mettre et de m'envoyer le plus de vos bons parens que vous pourrés. D'Ambriijac m'est venu avecques tous les siens, chasteaux en croupe s'il eust pu. Je m'asseure que vous ne serés des derniers à vous mettre de la partie; il n'ymanquerapas d'honneur àacquerir, et je sçay vostre façon de besoigner en tel affaire. A Dieu donc et ne tardez, voicy l'heure de faire merveilles. Vostre plus asseuré amy.

Henry.

* Tout entouré33 d'eau, formant de petites îles : dfl ijisiila, lie.

A M. de Batz» (12 mars 1586).

Mon faucheur, mets des ailes à ta meilleure beste; j'ay dict à Montespan de crever la sienne. Pourquoy? tu le sçauras de moy à Nerac; hastes, cours, viens, vole; c'est l'ordre de ton maistre, et la prière de ton amy.

Henry.

Au même (2 novembre 1587).

Monsieur de Batz,je suis bien marry que vous ne soyez encore restably de vostre blessure de Coulras, laquelle me fait véritablement playe au cœur ^ et aussi de ne vous avoir pas trouvé à Nerac, d'où je pars demain, bien fasché que ce ne soit avec vous; et bien me manquera mon faulcheur ^ par le chemin où je vas; mais avant de quitter le pays, je vous le veux bien recommander. Je me mesfie de ceulx de Sainct-Justin *. Vous m'avez bien purgé ceulx d'Euse, mais ceulx de Gazeres et de Barcelonne^ sont de vilains remuans ; et je n'ay nulle assurance au capitaine La Barthe qui a par

^ Manaud de Batz, seigneur de Sainle-Chrislie et de Batz. Ce gentilliomine, qui tient une place des plus honorables dans la correspondance du roi de Navarre, a laissé peu de traces d.nis l'histoire. — 2 Cette blessure de M. de Uatz, qui fait plaie au cœur de Henri, rappelle le mot célèbre de M™» de Sévigné h sa fille : « J'ai mal à votre poitrine; » et l'on a trouvé avec raison que l'expression la plus naturelle est celle de Henri. — ' Le roi de Xavarn; paraît avoir donné le surnom de Faucheur à M. de Bast, depuis le jour où ce soigneur fit des prodiges do valeur à ses côtés, dans h prise de la ville d'E;iusc. — * En Marsan, près Roquefort, dans h^ département des Landes. — ^ Petites villes de l'Arningnac, aujourd'hui des départements des Landes et du Gers.

là une bonne troupe, et qui m'a cependant juré son ame. Beaucoup m'ont trahi vilainement, mais peu m'ont trompé. Celuy-ci me trompera s'ilnemetrahitbientost. De plus, ces misérables que j'ay deschassez ^ d'Aire tiennent les champs. De tout ce seray-je tout inquiet jusqu'à tant que je vous sçache sur pied avec vostre troupe, esclairant le pays. Mon amy, je vous laisse en main ces affaires ; et quoy que soit en vous ma plus seure confiance pour ce pays, toutesfois vous aimeroit bien mieulx là où il va et près de luy

Vostre affectionné amy , Henry.

Lettre au baron de Faget ', pour lui annoncer la victoire et l'appeler au combat (1588).

J'ay esté bien aise d'avoir sceu de vos nouvelles. Continués la volonté que vous m'avés tesmoignée. Les ennemys sont près de nous. M. de Nevers se veut faire battre. Je te renonce si tu ne viens, mais je dis bientost; car il ne se présenta onques de plus belles occasions. Adieu, Faget, je suis vostre meilleur maistre et plus affectionné amy.

A Givry * (novembre 1390).

Tes victoires m'empeschent de dormir, comme an-

1 Synon. de chasser ; il offrait déplus l'idée de déloger. — 2 Cette dernière phrase, où le sujet, votre affectionné ami Henri, se trouve rejeté à la fin, offre une inversion toute latine. — ^ François de Montesquieu, seigneur de h^ainte-Colombe, baron de Faget, était déjà l'un des chefs du conseil et l'un des défenseurs de Henri IV, ■en 15TG, quand il était prisonnier à la cour de Henri III. — * Givry, jeune et brillant capitaine, passionné pour la gloire, avait noblement réparé les fautes commises par lui au siège de Paris, en

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ciennement celles de Miltiade, Themistocle. Adieu^ Givry, voilà tes vanitez bien payées.

(Extrait de Pasquier, Lettres, XX, 3.)

A M™e de la Roche-Guyon.

Je vous escris ce mot le jour de la veille d'une bataille. L'yssue en est en la main de Dieu, qui en a desjà ordonné ce qui en doit advenir et ce qu'il congnoist astre expédient pour sa gloire et pour le salut de mon peuple. Si je la perds, vous ne me verres jamais, car je ne suis pas un homme qui fuye ou qui reculle. Bien vous puis-je asseurer que si j'y meurs, ma penultiesme pensée sera à vous, et ma dernière sera à Dieu, auquel je vous recommande et moy aussi. Ce dernier aoust 1590.

'A Marie de Médicis (3 septembre 1601.)

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