‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 82 sur 91 · D'OSSAT · texte numérisé non relu

D'OSSAT

Gascogne, d'Ossat acheva de s'instruire dans les belles-lettres, apprit les mathématiques, et fil à Bourges un cours de droit sous Cujas. De retour à Paris, il suivit le barreau, et fut reçu avocat au parlement de cette ville, où il plaida longtemps, et se fit admirer par une mâle éloquence.

Par le crédit de protecteurs puissants que ses talents lui valurent, et entre autres de Paul de Fois, alors conseiller au parlement de Paris, et déjîi distingué par son amour des lettres et son inclination à favoriser ceux qui les cultivaient avec succès, il obtint une charge de conseiller au présidial de Melun. Paul de Fois l'emmena avec lui dans un voyage en Italie, en 1574, et, en 1580, devenu archevêque de Toulouse et nommé ambassadeur auprès de Grégoire XIII par Henri III, il se l'attacha de nouveau en qualité de secrétaire d'ambassnde. D'Ossat entra dans les ordres vers cette époque. Après la mort de Paul de Foix, arrivée Ti Rome en 15S4, Villeroi, secrétaire d'Etat, le chargea des affaires de la France. En même temps, le cardinal d'Esté, protecteur de la nation française et archevêque d'Auch, l'attacha à sa maison, où il resta jusqu'à la mort de ce cardinal, en 1586. Alors le cardinal de Joyeuse le prit, par ordre du roi, pour secrétaire, en recevant le protectorat des affaires de France. D'Ossat, sans caractère public, sans ordres du ministère français, interposa son zèle, pour amener la réconciliation d'Henri IV avec le saint-siège. Ce prince, informé de ses démarches spontanées, lui écrivit, le 31 août lo!)3, de se concerter avec le duc de \evers, qu'il envoyait à Rome muni de pleins pouvoirs. Le roi priait d'Ossat de donner au duc « les bons avis qu'il connaîtrait pouvoir aider à son service et être utiles en quelque chose, m Le duc de Nevers négligea de suivre ces bons avis, et il échoua dans sa mission. Un partisan des Espagnols, camérier du pape, ayant publié un pamplilet qni tendait à prouver qu'un hérétique relaps ne pouvait être absous ni reconnu roi, d'Ossat fit une réponse victorieuse, que le pape Clément VIII, par prudence, ne laissa cependant répandre que secrètement. Il fit ainsi face tout seul pendant longtemps à dé nombreux et violents agresseurs. Il réfutait, détruisait les fausses nouvelles, et répandait à propos les véritables. Devenu le principal agent de cette grande aff'aire de l'absolution, il la conduisit avec tant de talent qu'il la fit bientôt pleinement réussir. Henri IV fut réconcilié avec le saint-siège, et il obtint son absolution de Clément VIII, sans se soumettre à des sacrifices et à des humiliations d'abord exigés. Le roi employa cet habile et consciencieux négociateur avec non moins de succès, en 1598, dans l'affaire de la restitution du château d'If, dont le grand-duc de Toscane s'était emparé.

Henri IV, dans sa lettre du 31 août 1593, avait promis à d'Ossat — qui n'avait pas besoin de cet aiguillon pour animer son zèle — de lui témoigner une effective gratitude de ses fidèles services dans la négociation delà réconciliation. Le roi tint parole et nomma d'Ossat

évêque de Rennes en 159C, conseiller d"État en 1597, ambassadeur extraordinaire à Venise en I5!J8, le fit créer cardinal le 3 mars de la même année, et le pourvut de révêché de Baycux en 1600.

Le cardinal d'Ossat exerça les fonctions de vice- protecteur des affaires de France pendant l'absence du cardinal de Joyeuse, en 1C02 et 160'i, et mourut à Rome, âge de soixante-huit ans, le 13 mars 1C04, également honoré pour ses vertus et pour ses talents.

Le titre littéraire de d'Ossat, ce sont ses Lettres ou Dépêches, demeurées si longtemps classiques, de même que les Négociations du président Jeannin. Ces deux ouvrages ont à peu près également contribué à développer dans notre pays l'esprit des affaires, et ont en particulier enseigné comment il fallait les traiter avec les puissances étrangères. La diplomatie du dix-septième siècle s'est formée à l'école de d'Ossat comme à celle de Jeannin.

Les Lettres de d'Ossat sont toujours un ouvrage précieux à lire, et pour les maximes profondes et les détails parfaitement applicables au commerce ordinaire de la vie qu'elles renferment, et pour le mérite du style dont elles sont écrites, style toujours clair et correct, toujours abondant et ferme, et quelquefois d'une sévère perfection qui paraît au-dessus de l'époque.

Au Roy '.

Sire, Il me semble que Vostre Majesté a grande occa-

1 Quelques observations sont nécessaires au sujet de cette lettre d'une haute importance historique, mais d'après laquelle on pourrait concevoir de fausses idées sur la conduite du pape dans la grande affaire de l'absolution de Henri IV. D'abord, si Clément VIII hésitait à. croire à la sincérité du retour de ce relaps, ce pouvait n'être qu'expérience et prudence. Il était permis de se défier du politique et madré Béarnais. D'un autre côté, il est bien établi que Clément VIII ne favorisait aucunement les cabales qui s'agitaient autour de lui, et que les négociateurs d'Ossat et Duperron, à l'adresse desquels on a peut-être fait trop d'honneur, n'obtinrent que ce que le pape désirait ardemment de leur donner. Du reste, ce pontife est des plus vénérables qui s'assirent sur la chaire de saint Pierre. L'historien protestant Ranke (t. III, liv. VI, § 5) en a tracé un portrait que nous regrettons vivement de ne pouvoir reproduire ici. Ce pontife est représenté comme également admirable pour les soins qu'il consacrait aux détails de l'administration intérieure de l'État, aux relations personnelles, à la politique européenne et aux grands intérêts du pouvoir spirituel.

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