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le noble ne peut servir le roi et lui consacrer son bras et sa vie \
Ai.be. Est-ce de ta bouche que je dois entendre un pareil langage?
Egmont. Ce ne sont pas mes opinions ; mais c’est ce que disent et répandent de côté et d’autre grands et petits, sages et fous. Mes concitoyens® craignent un double joug; et où est la garantie de leur liberté?
Albe. Liberté I Belle parole pour qui saurait bien la comprendre. Quelle liberté veulent-ils? En quoi consiste la liberté de l’homme le plus libre?... A faire le bien ! et en cela le roi ne les contrariera point. — Non, nonl ils ne se croient pas libres s’ils ne peuvent se nuire à eux-mêmes et aux autres. Ne vaudrait-il pas mieux abdiquer que de gouverner un tel peuple? A-t-on affaire à des ennemis étrangers, le bourgeois ne s’en inquiète nullement, occupé qu’il est à se quereller avec son voisin, et si le roi demande assistance, la discorde éclate parmi eux, et ils se liguent même avec les ennemis. Il vaut beaucoup mieux les emmaillotter, de telle sorte qu’on puisse les mener comme des enfants, les conduire au bonheur comme des enfants. Crois-moi, un peuple ne vieillit jamais, ne deviént jamais sage : un peuple reste toujours enfant.
Egmo.nt. J’ai répondu à ta question, et je répète : Cela ne va pas! cela ne peut aller ainsi 1 Je connais mes compatriotes; ce sont des hommes dignes de fouler la terre de Dieu. Maîtres chez eux *, rois en petit, fermes, actifs, habiles, loyaux, attachés à leurs anciennes coutumes, il est difficile de mériter leur confiance, aisé de la conserver. Fermes, opiniâtres, on peut les tourmenter, mais non les opprimer.
1. .... Les beaux privilèges de la noblesse, pour l’amour desquels seulement le noble peut le servir et lui consacrer corps et vie.