LE SAVONNIER ET LE FINANCIER
Jean, le joyeux savonnier, apprenait plusieurs belles chansons, et, l’esprit libre d'inquiétude, il les chantait du matin au soir. Son travail quotidien suffisait à sa nourriture. Quand il mangeait, il fallait qu’il chantât, et quand il chantait, c’était à cœur joie, à plein gosier et d’une voix sonore*. A son déjeuner, à son souper, il n’oubliait jamais ni chansons ni refrains, et l’éclat de sa voix retentissait dans la moitié du voisinage. On écoute, on se demande : Qui donc chante encore? qui est-ce? le joyeux savonnier.
Au commencement, il n’était pas fort pour la lecture, et ne lisait guère que l’almanach; mais, avec le temps, il apprit aussi à lire dans un livre de prières, en se conformant à l’ordre établi*; et, pour ressembler à son voisin, il s’endormait plus souvent encore en lisant qu’en chantant. On pouvait l’estimer plus heureux que les sept sages tant vantés et que maint coryphée du monde savant qui se croit déjà le huitième.
Dans son voisinage habitait le rejeton d’un mariage inté-
t . Comparez avec le savetier et le Onancier de Lafontaine.