Tuée d’un coup de flèche
Vous sur qui le malheur appesantit sa lourde main, 6 vous justes qui, abreuvés d’amertume, maudissez souvent l’existence, ne désespérez pas et entreprenez avec courage le voyage de la vie. A l’autre bord il est une contrée plus heureuse ; des campagnes pleines de délices vous attendent.
Kleist.
l’aigle et la colombe.
Un aiglon s’envolait pour chercher quelque proie. La flèche du chasseur l’atteignit et lui coupa le tendon de l’aile droite. Il tombe du haut des airs dans un bosquet de myrtes. Pendant trois jours il dévore sa douleur ; pendant trois nuits, trois longues nuits, il reste en proie à d’horribles tortures; enfin, il est guéri par ce baume que l’on rencontre partout, le baume de la bienfaisante nature. Il se glisse hors du hallier et secoue ses ailes.... Hélas! le tendon est coupé.... c’est à peine s’il peut raser le sol afin de poursuivre une proie indigne de lui, et, accablé de tristesse, il va se percher sur un rocher peu élevé au bord du ruisseau; il lève ses regards vers le chêne, vers le ciel, et une larme mouille son œil superbe,
Tout à coup deux colombes, se livrant à leurs ébats à travers les branches de myrte, viennent* s’abattre en ce lieu, et balançant la tête, se rapprochant l’une de l’autre, elles se promènent sur le sable doré et traversent le ruisseau. Leur œil rouge s’égare amoureusement de toutes parts et aperçoit le malheureux affligé. Le mâle, poussé par une curiosité mêlée de sympathie, vole vers le buisson voisin, et jetant sur le pauvre aiglon un regard de complaisance et de douceur : «Tu es triste, lui dit-il d’une voix caressante, aie bon courage, mon ami! N’as-tu pas ici tout ce qui peut procurer un bonheur tranquille? ne peux-tu pas jouir de ces rameaux d’ûr qui te protègent contre l’ardeur du jour? ne peux-tu pas,