L’OISEAU DES TEMPÊTES
Un vaisseau fendait la plaine azurée des mers; la voile se gonflait; les flots murmuraient doucement autour de la carène; dans leurs ébats, les dauphins se jouaient en tournoyant dans les ondes, et les doux zéphirs apportaient des îles lointaines les parfums du cannelier.
L’équipage était couché aux doux rayons du soleil; le pont retentissait de chants d’allégresse mêlés aux bruyantes plaisanteries des buveurs, et les vagues clapotaient plus doucement. Voilà qu’une mouette arrive à tire d’ailes et s’abat sur le gouvernail.
Le pilote aperçoit l’oiseau de mauvaise augure. «En vérité, rabat-joie, dit-il, tu ne saurais venir plus mal à propos! mais tu ne retireras pas grand profit de ton métier de prophète ; c’est à toi-même que tu dois annoncer le danger. *
Il dit, saisit l’arquebuse et frappe l’oiseau à la poitrine. 11 tombe. Mais avant que le sommeil de la mort ne fermât ses yeux, cet oracle sévère sortit de sa bouche: «Vous avez voulu tuer dans le prophète la force sainte de la vérité !
C’est en vain! l’heure solennelle approche, et vous ne l’arrêterez point en vous raidissant contre elle. Alors la voix de la vérité deviendra tempête, et sa paisible lumière se changera en flamme sanglante.» Il dit, et la vie s’écoula par sa blessure.
Les nuages s’amoncellent, les flots s’élèvent, grossis par l’ouragan, la foudre brise le mât; des cris de détresse se font entendre; la fureur de l’Océan engloutit les débris du vaisseau.
Krumraacher.