‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 133 sur 249 · LA FOLIE HUMAINE · texte numérisé non relu

LA FOLIE HUMAINE

De tous les animaux qui planent dans les airs, nagent dans les mers ou vivent sur la terre, du Mississipi jusqu'à l’Anadir, le plus ridicule animal, à mon avis, c'est l’homme. — Quoi! un insecte, un ver qui se tord dans la poussière, une huître, un polype qui sent à peine à demi, le cheval* qui hennit, le taureau qui rumine auraient plus d’esprit que nous? — J’en suis fâché. Bref, messieurs, quelque paradoxale que cette assertion puisse vous paraître, c’est comme cela; je ne fais que traduire ce que dit Boileau. Vous gardez le silence. Cette conclusion vous surprend un peu. — Comme chef et roi de la création, l’homme n’a- t-il pas un pouvoir absolu sur les prés, les bois, les animaux? Le taureau n’a pas notre intelligence, le cheval notre raison. — Bien ! je conclus de là précisément et de rechef que le cheval est plus sage que le cavalier. Au moindre signe de la séduction, vous vous précipitez en aveugles. Dépourvu de raison comme il l’est, que possède l’animal? — L’instinct. Voyez lorsque mûrit le fruit des épis d’or, avec quelle activité la fourmi court çà et là et recueille soigneusement ses provisions d’hiver. Le feuillage jaunit, l’àpre vent du nord siffle ; alors le petit animal reste tranquillement tapi dans une fente de rocher et apaise sa faim avec le fruit doré de l’été : diligent, quand la moisson mûrie appelle la faucille 5 ; paresseux, quand les frimas flétrissent le chaume. Il n’en est pas ainsi de l’homme. Dans l’âge mûr, il vit au sein des plaisirs et de la bonne chère 1 , et souvent il est réduit dans ses vieux jours à se traîner demi-nu de maison en maison. Oui, la prudente nature enseigne an taureau une sage modération dans le boire et le manger. Essaie si les coups de

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