‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 145 sur 249 · Si l’envie d’interroger ne vous est pas encore passée · texte numérisé non relu

Si l’envie d’interroger ne vous est pas encore passée

jeune page, d’un air tout à la fois doux et résolu, s’avance hors du cercle de ses timides compagnons et se dépouille do sa ceinture et de son manteau. Tous les spectateurs, hommes et femmes, regardent avec surprise et admiration le noble jeune homme.

Au moment où il s’avance sur le bord du rocher et regarde l’ablme, Charybde revomissait en mugissant les flots qu’elle venait d’engloutir; avec le fracas du tonnerre lointain, ils s’élancent en écumant de la sombre caverne.

Et le gouffre bouillonne, mugit et siffle comme quand l’eau se mêle au feu. Des jets d’écume fumante s'élancent jusqu’au ciei, et sans cesse la vague succède à la vague comme si l’abîme ne pouvait s’épuiser, comme si la mer voulait enfanter une mer nouvelle.

Enfin, ce tourbillon fougueux s’apaise, et à travers la blanche écume, on aperçoit une crevasse noire et béante; on dirait que cette ouverture sans fond pénètre jusqu’aux enfers. On voit les flots courroucés s’agiter violemment et retomber en tourbillon dans cet entonnoir.

A l’instant même, avant que le flot remonte, le jeune homme 3e recommande à Dieu.... On entend un cri d’effroi sortir de toutes les bouches. Le tourbillon l’a déjà entraîné, la gueule du monstre se referme mystérieusement sur le hardi plongeur : on ne le voit plus.

Et tout devient silencieux à la surface de l’abîme; seulement, un sourd mugissement se fait entendre dans ses profondeurs, et l’émotion arrache ce cri à toutes les bouches : Adieu, jeune homme courageux ! Et les hurlements deviennent de plus en plus sourds, et chaque moment d’attente redouble l’anxiété et l’effroi.

— Lors même que tu y jetterais ta couronne en disant: Celui qui me la rapportera pourra la garder et sera roi, je ne me laisserais pas tenter par cette précieuse récompense. Ce que cache dans son sein le gouffre mugissant, nulle âme vivante ne sera assez heureuse pour le révéler.

Plus d’un navire, emporté par le tourbillon, a été englouti dans ces profondeurs. De ce tombeau qui dévore tout, on n’a vu sortir que les débris des mâts et de la carène. — Et, comme le grondement de la tempête, le mugissement des flots devient de plus en plus retentissant et semble se rapprocher sans cesse 1

Et l’onde bouillonne, mugit et siffle comme quand l’eau se mêle au feu. Des jets d’écume fumante s’élancent jusqu’au ciel, et sans cesse la vague succède à la vague', avec le fracas du tonnerre lointain, elles s’élancent en écumant de la sombre caverne.

Et voyez ! du sein des vagues sombres on voit sortir un bras, un cou blanc commele plumage du cygne ; il nage aveç vigueur et persévérance; c’est lui! c’est le page ! De sa main gauche il élève la coupe, qu’il agite en faisant des signes de joie.

Il respire fortement et à longs traits, et salue la lumière du ciel. Tout le monde s’écrie avec transport:

a II vit ! le voilà 1 L’intrépide plongeur est sorti du tombeau des vagues, il a su disputer sa vie au gouffre et au tourbillon I »

Il s’avance entouré de la foule joyeuse, et, tombant au* pieds du roi, il lui présente à genoux la coupe d’or. Le roi fait un signe à sa charmante fille, qui remplit la coupe jusqu’au bord d’un vin généreux ', et le jeune homme s’écrie* :

« Vive longtemps le roil heureux celui qui respire la douce clarté 5 du jour ; l’ablme est effroyable. Que l’homme ne cherche point à tenter les dieux ! que jamais il ne désire voir ce que, dans leur clémence, ils ont enveloppé de ténèbres et de terreur.

« Je fus emportéjusqu’au fond avec la rapidité de l’éclair ; là un torrent rapide et impétueux, jaillissant du creux des

t. Etincelant.

2. Et le jeune homme se tourna ainsi vers le roi : Vive longtemps, etc.

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