Aimant
« Parle, que voulais-tu faire de ce poignard? lui dit d’un air sinistre le prince barbare.
— Délivrer la ville d’un tyran.
— Tu expieras ton crime sur la croix.
— Je suis prêt à mourir, répond Méros, et je n’implore point ma grâce ; cependant, si tu veux m’accorder une faveur, je te demande trois jours de délai pour unir ma sœur à son fiancé; je te laisse mon ami pour otage ; si je me dérobe au châtiment, tu pourras le faire mourir. »
Le roi sourit d’un air fourbe et dit après un moment de réflexion : t Je veux bien t’accorder ces trois jours ; mais sache que passé ce délai, si tu n’es pas de retour ici, ton ami mourra ' à ta place, et toi je te ferai grâce de la peine. »
Méros va trouver son ami: « Le roi ordonne que j’expie sur la croix ma tentative criminelle ; mais il m’accorde trois jours de délai pour marier ma sœur à son fiancé. Sers -moi de caution auprès de lui jusqu’à ce que je revienne te délivrer. »
Son ami fidèle l’embrasse en silence et se remet entre les mains du tyran. L’autre part. Avant que la troisième aurore ait brillé il a marié sa sœur et se hâte de revenir, pressé par l’inquiétude de dépasser le terme fixé.
Cependant la pluie® tombe à grands flots, les torrents se précipitent du sommet des montagnes et grossissent les ruisseaux et les fleuves. Appuyé sur son bâton de voyageur, il arrive au bord d’une rivière, et voilà que les Ilôts en furie renversent le pont et en brisent les arches avec le fracas du tonnerre.
Désespéré, il erre sur le rivage ; c’est en vain qu’il porte au loin ses regards et fait retentir l’air de ses cris *, pas une barque ne quitte le bord pour le transporter sur la plage, objet de ses vœux ; pas un seul batelier ne dirige vers lui sa nacelle, et le torrent sauvage devient une mer.