‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 156 sur 249 · En vain · texte numérisé non relu

En vain

contrées l’accueillaient avec plaisir. Chargé d’or, il venait de quitter les rivages de Tarente et naviguait vers le beau pays de Grèce.

Ses désirs le rappellent auprès de son ami ; il est chéri du souverain de Corinthe. Avant son départ pour les contrées lointaines, Périandre, qui l’aimait comme un frère, lui avait dit :

« Je t’en supplie, reste tranquillement dans mon palais ' ; on peut perdre beaucoup quand on veut beaucoup gagner.

— Une vie errante est celle qui plaît au cœur libre du poëte, répondit Arion. L’art qu’un dieu m’a accordé, je veux que des milliers d’hommes en jouissent. Quel plaisir ne goûterai-je pas un jour en jouissant dans la conscience de ma gloire des trésors que j’aurai légitimement acquisl »

Le jour suivant, il s’embarque; l’haleine des vents est douce et tiède.

« O Périandre, dit-il, oublie dans mes bras tes vaines craintes! Nous offrirons aux dieux de riches présents; au milieu d’une foule de convives, nous ferons retentir la salle du festin de nos cris d’allégresse. *

Le vent et la mer lui restent favorables ; pas le plus petit nuage ne se montre à l’horizon 2 ; ce n’est pas aux flots, c’est aux hommes qu’Arion a témoigné trop de confiance. Il entend parler à voix basse les matelots qui convoitent ses trésors, et bientôt ils l’entourent la menace à la bouGhe 3 :

« Il faut, Arion, que tu cesses de vivre. Si tu veux avoir un tombeau sur la terre, donne-toi la mort ici-môme; sinon, précipite-toi dans la mer.

— Ainsi donc, vous avez résolu ma perle ! vous voulez vous emparer de mon or : eh bien ! je vous l’abandonne volontiers pour racheter ma vie.

— Non, non, nous ne te laisserons pas aller en liberté, tu serais pour nous un homme trop dangereux. Comment échap-

1-. Laisse cela plaire tranquillement à toi dans mon palais (Germ.).

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