Bien dans le bonheur (Gorra.), bien content
■à. Le maître des sons.
préparez-vous. Je ne saurais contenir plus longtemps l'équj page révolté. Si la terre ne se montre pas tout-à-l’heurc, vous serez victime de leur fureur; semblables aux rugissements de la tempête, leurs cris forcenés demandent l’auguste sang de leur général. »
Ces mots étaient à peine sortis de la bouche du chevalier que la foule se presse sur ses pas; comme des vagues tumultueuses, les soldats furieux se précipitent dans le paisible appartement. Le désespoir est peint dans leur regard farouche et à demi-éteint, la mort sur leur visage livide : « Traître 1 où est-il maintenant ce bonheur que tu faisais luire à nos yeux? Sauve-noUs de l’affreuse misère à laquelle nous sommes réduits.
« Tu ne nous donnes point des vivres; eh bienl donnenous du sang. — Du sangl du sangl s’écrient les forcenés.» A la rage de la tempête, l’esprit calme du grand homme oppose la fermeté du rocher. « Si mon sang peut vous satisfaire, prenez-le et Vivez; mais accordcz-moi la grâce de jouir de la lumière * jusqu’à ce qu’une seule fois encore le soleil se lève au milieu des feux de l’Orient.
« Si ces premiers rayons n’éclairent pas un rivage sauveur, je me dévoue volontiers à la mort. Jusque-là, poursuivez courageusement votre route, et ayez confiance en la protection du Seigneur. * La dignité du héros, son regard calme, triomphe encore une fois de la fureur. Ils respectent sa tête et épargnent son auguste sang.
« Eh bien donc, qu’il en soit ainsi 1 Mais si les premiers rayons ne nous montrent pas la terre du salut, tu as vu le soleil pour la dernière fois. Tremble devant notre bras vengeur! » Le pacte cruel était conclu, les forcenés se retirent. Que l’aurore de demain nous apprenne le sort du héros résigné!
Le soleil s’incline à l’horizon, la lumière disparaît; la poi-
l . Aecordcz-raui le rayon bénissant.
trine du héros est oppressée la carène fend avec un bruit lugubre la mer vaste et déserte. Les étoiles se lèvent silencieusement; mais, hélas! aucune n’apporto l’espérance! Le vaisseau poursuit sa course solitaire, et le rivage du salut est bien loin encore.
Tenant en main son fidèle télescope, le cœur plein d’inquiétude, le héros veille pendant la nuit sombre et ne détourne * passes regards de l’Occident. « Vers l’Occident, 6 mon vaisseau ! vole vers l’Occident ! O terre ! objet de mes ardentes aspirations, avant de mourir, mon cœur et mon esprit te saluent encore!
« O mon Dieu! du haut du ciel, abaisse sur mes matelots un regard de bonté; ne permets pas que, livrés au désespoir, ils trouvent un tombeau dans les vagues désertes 1 » Ainsi parla le héros, touché de compassion, a Mais qu’entends-je 1 ? quelle est cette marche précipitée! Encore toi, Fernando, avec ton visage sombre et pâle? Que m’annoncent tes pas tremblants?
— Hélas! noble général, c’en est fait! Les rayons du soleil commencent à se montrer à l’Orient. — Du calme, mon ami; Des hauteurs célestes a jailli le rayon vivifiant ; l’empire du Tout-Puissant s’étend d’un pôle à l’autro ; c’est lui qui m’ouvre le chemin de la mort. — Adieu donc, mon général ! adieu pour jamais 1 J’entends approcher les forcenés. »
Ces mots étaient à peine sortis de la bouche du chevalier que la foule se presse sur ses pas ; comme des vagues tumultueuses, les soldats furieux se précipitent dans le paisible appartement. < Je sais ce que vous demandez; je suis prêt, allons 1 Jetez-moi dans la mer écumante; mais sachez que le rivage du salut n’est pas éloigné. Que Dieu vous protège, soldats égarés! «
Les glaives font entendre un sourd cliquetis; d’horribles
1 1 Était lourde.
. ï. Là, écoute!
clameurs remplissent les airs. D’un esprit calme et libre, le noble héros va chercher une tombe dans le gouffre écumant. Les liens les plus sacrés sont rompus; déjà l’illustre capitaine est traîné sur le bord du vaisseau*... « Terre! terre ! » s’écrie-t-on, et d’immenses clameurs, semblables au bruit du tonnerre, répètent: « Terre! terre! »
Une bande étincelante, colorée de pourpre, se montre aux regards rapides*. Éclairé par les rayons dorés du soleil le- ■ vant, le bonheur s'élève au sein des flots et les appelle ; il apraît ce monde nouveau que de timides pressentiments soupçonnaient à peine , et qui s’était révélé aux courageuses méditations du génie ! . Us tombent aux pieds du grand homme et rendent grâces à la puissance divine.
Louise Brachmann.