‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 184 sur 249 · LE TORRENT · texte numérisé non relu

LE TORRENT

Immortel jôune homme ! tu t’élances avec impétuosité du creux des rochers. Nul mortel n’a vu le berceau du robuste héros; aucune oreille n’a entendu le bégayement du noble enfant dans la source jaillissante.

Que tu es beau avec cette chevelure d’argent 1 que tu es terrible lorsque le bruit de ton tonnerre fait retentir les rochers d’alentour !

Le sapin tremble devant toi : tu déracines le sapin qui vient frapper le sol de sa tête orgueilleuse *. Les rochers te fuient : tu saisis les rochers et lu les fais rouler avec mépris comme des cailloux.

Le soleil te revêt des rayons de la gloire ; il pare des couleurs de l’arc céleste les nuages qui planent au-dessus de tes vagues écumantes.

Pourquoi descendre si vite vers la mer azurée®? Ne te plais-tu pas près du ciel, au milieu des rochers retentissants,

4 , Tu précipite* le lapin avec racine et tète.

. 2. Vcrdâlrc.

sous ce bosquet de hêtres qui inclinent leurs branches vers toi? ,

Oh! ne te hèle pas de courir vers la mer azurée ! Jeune homme, tu es encore fort comme un dieu, libre comme un dieu!

Il est vrai que là-bas te sourit le paisible repos, le doux bercement de la mer silencieuse, tantôt argentée par la lune qui nage dans ses ondes, tantôt colorée d’or et de pourpre par les rayons du soleil couchant.

O jeune homme 1 qu’est-ce que le doux repos l’aimable sourire de la lune, l’or et la pourpre du soleil couchant, pour celui qui se sent dans les liens de l’esclavage?

Tu précipites encore au gré de ton cœur ta course impétueuse ! Là-bas soufflent souvent des vents inconstants, sou- , vent le silence de la mort règne sur la mer enchaînée !

Oh ! ne te hâte pas de courir vers la mer azurée 1 Jeune homme, tu es encore fort comme un dieu, libre comme un dieu ! , •

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