‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 204 sur 249 · LE VIEUX CHÂTEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX CHÂTEAU

La campagne repose en silence sous le voile du crépuscule; le murmure mélodieux des bois s’évanouit, et, seul, le grillon fait entendre dans les murailles en ruine son cri mélancolique. Le calme descend du ciel serein ; les troupeaux reviennent lentement du pâturage, et le laboureur fatigué se hâte d’aller chercher le repos dans la cabane de ses pères.

Sur ces céteaux couronnés de bois, au milieu de ces ruines accumulées par les siècles où le souffle du passé frémit autour de moi, que ce chant le soit consacré, ô mélancolie! Le cœur plein de tristesse, je me demande ce qu’étaient dans les temps reculés ces débris tombant en poussière? — un château flanqué de tours qui s’élevait majestueusement sur le front sourcilleux de la montagne.

Dans ces lieux où le lierre s’enlace avec un triste murmure autour des sombres ruines de ce pilier, où la pâle lueur du crépuscule se glisse à travers l’espace vide qu’occupaient les fenêtres, les larmes d’un père bénissaient peut-être le plus noble des enfants de l’Allemagne, dont le cœur ardent, plein d’une noble ambition, se gonflait à l’idée du combat*.

Pars en paix, disait le vieux guerrier en lui ceignant l’épée des héros; ne reviens jamais ou reviens vainqueur; sois digne du nom de tes aïeux ! Et les yeux du noble jeune homme lançaient des flammes 1 2 ; ses joues brûlantes ressemblaient à un rosier fleuri coloré par les rayons pourprés de l’aurore.

Comme une nuée orageuse, un Richard Cœur de Lion, le chevalier volait au combat; à l’égal d'un bois de sapins assiégé par la tempête, les ennemis se courbaient sous la force de son bras. Avec la douceur du ruisseau qui coule à travers

Page 1