Des flammes de mort
les fleurs, il retourne au château de la montagne, clans !a demeure de son père qui verse des larmes de joie, dans les bras de sa mère chérie.
Aussitôt le bruit des coupes retentit dans ces lieux où des plantes rampantes étendent maintenant leur noir et sauvage réseau sur des nids de hiboux ; le festin se prolonge jusqu’au moment où pâlit la lueur argentée des étoiles. Le récit des victoires chèrement achetées, des effrayantes aventures de la guerre sainte réveillent dans le rude cœur des héros des souvenirs mêlés de plaisir et d’horreur.
Quel changement ! la terreur et la nuit voilent maintenant de leurs ombres la scène de ces splendeurs; dans ces lieux où les vaillants guerriers goûtaient les plaisirs du banquet, le vent du sud fait entendre ses sifflements mélancoliques ; les chardons se balancent solitaires à cette place où l’enfant demandait en suppliant un bouclier et une lance, lorsque retentissait le cri du combat et que le père s’élançait sur son cheval de bataille.
Et maintenant, ensevelis dans les sombres profondeurs de la terre, ils ne sont plus qu’un peu de cendre, les ossements de ces héros 1 C’est à peine si une pierre funéraire à demi engloutie indique encore la place où ils reposent. Depuis longtemps, plusieurs d’entre eux sont devenus le jouet des vents, et leur mémoire a disparu comme leurs sépulcres. Devant les actions d’éclat des temps héroïques plane le nuage de l’oubli.
C’est ainsi que passent les splendeurs de la vie, que s’évanouit le songe d’une vaine puissance, c’est ainsi que dans la course rapide du temps tout ce que porte la terre est englouti dans l’abime de la nuitl Les lauriers qui couronnent le front du vainqueur, les faits héroïques qui brillent gravés sur le marbre et l’airain, les urnes vouées au souvenir et môme les chants d’immortalité 1
Tout ce qui, dans ce monde de poussière, remplit un noble cœur de désirs ardents et le transporte d’enthousiasme, tout cela s’efface comme un rayon de soleil d’automne, lors-
qu’un orage voile l’horizon. Ceux qui le soir s’embrassaient joyeusement, l’auroro du lendemain les voit déjà mourir; l’amitié et le bonheur de l’amour ne laissent même pas de traces sur la terre.
M&ulnason.
LE CIÏÏËTIÈRE D’OTTENSEN.
Avec recueillement, j’entre dans ce lieu saint-... Qui étaientils ceux qui, plongés dans le songe mystérieux de la nuit du sépulcre, attendent ici dans le jardin du Soigneur, l’aurore du monde futur? Je ne vois, sur les monticules, qu’un petit nombre de pierres funéraires, et les lettres d’or n’étincellent pas aux rayons du soleil. De pauvres gens trouvèrent ici le repos désiré. Ni le marbre ni le granit ne couvrent leurs tombeaux, mais seulement les fleurs ; et le gazon entoure d’une ceinture verdoyante tous les cœurs qui oublièrent ici le monde. O verdure ! aimable verdure, douce et gracieuse couleur de l’espérance, qui jamais ne nous abandonne, tu t’enlaces comme un symbole prophétique autour de chaque gerbe mûre au jour solennel de l’abondante moisson !
Cependant, ensevelie dans l’herbe et les fleurs, je vois une croix noire s’élever sur chaque tombe. On y peut lire le nom de ceux qui dorment et la date de leur délivrance ; car, en se couchant dans le sépulcre, l’homme fatigué laisse volontiers derrière lui une croix qui porte son nom.
C’étaient des villageois. Derrière ces bouleaux leur foyer fume eqeore ; là-bas, on voit ondoyer leurs champs. Les arbres, qui répandent sur leurs tombeaux une neige fleurie, ont été soigneusement élevés par leurs fidèles mains ; le tilleul qui étend sur le cimetière les fraîches ombres* ils l’entourèrent jadis de leurs rondes enfantines.
Après une vie de labeur, vous reposez en paix, fils innocents de la nature; un songe serein bercera votre sommeil ot cette riche et fertile campagne que vous avez cultivée en-
toure comme un monument, votre demeure dernière. Heureux celui qui loin du monde et tle ses vices accomplit sa tâche sur le domaine paternel et reste voisin dans la tombe de celui qui fut son voisin dans la modeste école du village!
Il ne connaît pas grand’chose de ce vaste univers, mais sa pauvre destinée est riche de la grâce de Dieu. Sa vie est pleine de fatigue, mais exempte d’une lourde responsabilité. Chaque soir lui apporte un calme parfait, et quand vient la dernière heure, une douce mort lui ferme les yeux.
Oh! que ne puis-je, dépouillant le poids de mes chaînes, me réfugier sous ces paisibles chaumières et goûter en paix la douceur de cet humble destin ! Dans la sérénité de l’innocence, ma vie ne connaîtrait pas de plus grand bonheur, de plus délicieuse aspiration que d’être homme parmi les hommes.
Là-bas, sous l’ombre de ce tilleul, un simplo monument attire mes regards : c’est un monticule revêtu du gazon que le lierre enlace de ses rameaux. Quel est le voyageur fatigué qui a déposé son bâton sur le seuil de ce dernier asile? L’inscription comment le nomme-t-elle? O lieu saint à tout jamais 1 c’est le tombeau de mon cher Klopstock !
O grand coeur qui tombes ici en poussière, que tu as été divin quand la vie t’animait ! Par tes paroles, par tes chants, combien do milliers d'hommes n’as-tu pas ravis dans ton monde céleste ! Tu n’as jamais poursuivi de tes efforts que le but le plus noble et le plus digne, et tu as vécu de la vie la plus pure jusqu’à ce que ton ange t’enlevât à la terre.
Étranger à l'orgueilleuse ostentation de la gloire, aux misères de la vanité, un dieu s’est révélé à toi dans le sanctuaire de ton coeur. Tu chantas l'hymne sublime de la grande rédemption du monde accomplie sur le Golgotha. Plein de patriotisme, tu chantas l’apothéose des héros de la Germanie, le bardit triomphal de la bataille d’Hermann ; tu chantas le bonheur de l’amitié, les célestes délices de l’amour, les saints cantiques de la piété et le jour de la résurrection. Ton aiglo
s’élança vers la source éternelle de lumière qui enflamme les soleils, portant la liberté sur ses ailes
O grand cœur plein do profondeur germanique ! il est heureux pour toi de reposer profondément dans la terre et de ne pouvoir jeter un regard sur notre misère. Oh ! qui ne souhaiterait dormir en paix auprès de toi ? Escortés par quelques plaisirs fugitifs et bien d’amères douleurs, nous nous acheminons vers l’heure solennelle qui nous transfigurera un jour. Celui-là seul a bien vécu qui, dès à présent, trouve dans son propre cœur le ciel du monde à venir. Adieu, tombe sacrée 1 adieu, collines silencieuses! La fleur me parle un langage muet * ; la brise murmure dans le feuillage. Sommeillez en paix, dormeurs fatigués 1 le temps poursuit son vol, et, comme le vôtre, mon cœur oppressé ne sera bientôt plus qu’un peu de poussière.
Mahlmann.