‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 213 sur 249 · LE CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

LE CHAMP DE BATAILLE

Les blanches vapeurs du soir flottent sur le champ do bataille; dans les sombres demeures du sépulcre résonnent le giaive et le bouclier des héros. Depuis longtemps, sous les coups de la tempête, leurs os sont tombés en poudre dans leur cuirasse d'acier ; mais on voit frémir aux rayons de la lune leurs ombres indécises.

Solitaire, je m’arrête sur ces tombeaux où la mort tient

prisonniers sous ses durs verrous de fer ees vaillants guerriers qui ne sont plus qu’un peu de cendre. A travers les branches centenaires et le feuillage du chêne, les étoiles jettent leur pâle lueur sur la pierre couverte de mousse.

Les vents soufflent avec plus de furie, les esprits errent à travers la campagne. L'image de leurs actions vient se peindre en traits de feu dans mon âme, et me remplit d’une secrète horreur. Couverts de leurs armes qui jettent un éclat sinistre, ils se promènent lentement. Une lueur sanglante jaillit de leur lance funèbre, des étincelles menaçantes de leur casque et de leur javelot.

Les sons effrayants de leur voix sourde frappent mon oreille tremblante. Les héros des temps antiques sortent de leurs cercueils et m’entourent ; de sauvages bardits célèbrent l’essor gigantesque qui produit les grandes actions; la tristesse ot l’enthousiasme pénètrent jusqu’au fond de mon âme.

F. Kiud.

Page 1