Ait quelque chose pour, etc
PROSE l NARRATIONS.
toujours croissante jusqu’à ce qu’enfin la fumée et les flàinmeS vinssent mettre un terme au brigandage. Pour augmenter le désordre et briser la résistance des habitants, on avait tout d’abord mis le feu en divers endroits ; Un vent furieux qdi s’éleva tout à coup étendit les flatnmes dans toute la ville avec une effrayante rapidité, et rendit l’incendie général. C’était quelque chose d’épouvantable que de voir la foule se frayer un passage à travers la fumée, les cadavres, les sabres nus, les ruines croulantes, les ruisseaux de sang. L’air était en feu, et la chaleur insupportable força enfin ceâ égorgeurs à aller chercher un refuge dans leur camp. Douze heures s’étaient à peine écoulées, que déjà cette ville grande, forte, populeuse, une des plus belles de l’Allemagne, était réduite en cendres, à l’exception de deux églises et de quelques masures. Après avoir reçu plusieurs blessures, l’administrateur Christian Guillaume avait été fait prisonnier avec trois bourguemestres ; plusieurs braves officiers et magistrats avaient trouvé dans le cômbat uhë mort digne d’envie. Quatre cents des plus riches bourgeois furent arrachés à la mort par la cupidité des officiers qui espéraient leur extorquer une forte rançon. Ce furent, en général, des officiers de la ligne qui montrèrent cette humanité, et telle était l’aveugle et homicide fureur des soldats impériaux qu’ils furent regardés comme des anges sauveurs.
A peine la rage de l’incendie s’était-elle calmée, que les hordes impériales revinrent à la charge avec une avidité nouvelle pour chercher leur proie en fouillant les cendres et les décombres. Plusieurs de ces barbares furent étouffés par la fumée; beaucoup d’autres firent un riche butin, car les bourgeois avaient caché dans leurs caves ce qu’ils avaient de plus précieux. Le 13 mai, Tilly parut enfin dans la ville après qu’on eut débarrassé les principales rues des décombres et des cadavres. La scène qui s’offrit alors aux regards de l’humanité fut' épouvantable, horrible) révoltante! G’étaient des vivants qui rampaient sous des cadâvfes, dos en-
fants qui erraient çà et là et cherchaient leur famille avec des cris déchirants, des nourrissons qui suçaient le sein de leur mère égorgée ! Pour débarrasser les rues, on eut à jeter dans l’Elbe plus de six mille cadavres ; un nombre incomparablement plus grand de vivants et de morts avait été dévoré par les flammes. On évalue à trente mille le nombre total des victimes. ,
L’entrée solennelle du général, qui eut lieu le IA, mit fin au pillage, et tous ceux que le massacre avait épargnés eurent la vie sauve. Environ mille personnes furent retirées des caveaux de la cathédrale, où elles avaient passé trois jours et deux nuits dans des angoisses perpétuelles et sans aucune nourriture. Tilly leur annonça lui-même leur grâce et leur fit distribuer du pain. Le lendemain, une messe solennelle fut célébrée dans cette même cathédrale, et l’on chanta un Te Deum au bruit des salves d’artillerie. Le général parcourut les rues à cheval, afin de pouvoir, comme témoin oculaire, écrire à son maître que, depuis la destruction de Troie et de Jérusalem, on n’avait jamais vu pareille victoire, et cette affirmation n’avait rien d’exagéré, si l’on tient compte de la grandeur, de la richesse, de l’importance de la ville qui succomba, et de la rage de ses destructeurs.
Schiller.