‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 23 sur 249 · LES MINES DE FALUN · texte numérisé non relu

LES MINES DE FALUN

(Elis Frccbom, matelot, de retour d’un long voyage, apprend la mort de sa mère. Pendant qu’il se livre à sa douleur, un étranger mystérieux, vêtu du costume des mineurs, entame conversation avec lui.)

«Bahl dit le vieux mineur, tu retourneras bientôt en mcr«, et alors ta douleur sera passée en peu de temps. Les vieilles gens meurent ; ce ne peut être autrement ; et ta mère, comme

1. 3» bit ®tt ftccfjen (Germ., terme de marine), piquer dans la mer, prendre le large.

tu l’avoues toi-même, n’a fait que quitter une vie pleine de fatigue et de misère.

— Hélas! répliqua Élis, ce qui précisément me met hors des gonds c’est que personne ne croit à ma douleur, et que Fon va même jusqu’à me traiter d’imbécile et de fou.... Je ne retournerai plus sur mer. Je suis dégoûté de la vie. Autrefois mon cœur s’épanouissait lorsque le vaisseau, déployant ses voiles comme de puissantes ailes, glissait sur la surface des mers, que les vagues bruissaient et clapotaient avec une joyeuse musique, et que le vent sifflait à travers les cordages qui grinçaient. Alors, sur le pont avec mes camarades, je poussais des cris d’allégresse, et puis, quand j’étais de quart 1 , par une nuit tranquille et sombre, je songeais à mon retour, à ma bonne vieille mère, à la joie qu’elle aurait de revoir son Élis!... Ah! je pouvais prendre part aux plaisirs du hœnsning*, quand j’avais versé mes ducats dans le sein de ma mère, et que je lui avais offert de beaux fichus et autres marchandises rares des pays lointains. 11 fallait alors voir comme ses yeux rayonnaient de joie, comme elle battait des mains à plusieurs reprises, comme, toute remplie de plaisir et de bonheur, elle trottait à petits pas et allait chercher l’excellente ale 1 , qu’elle avait conservée pour son Élis 4 .... Et lorsque le soir j’étais assis auprès de la bonne vieille, je lui parlais des hommes étrangers avee lesquels j’avais trafiqué, de leurs mœurs, de leurs usages, et do tout ce qui m’était arrivé d’extraordinaire dans mon long voyage. Elle avait grand plaisir à écouler ces récits, et me racontait à son tour les merveilleux voyages de mon pèro dans l’extrême Nord. Elle mêlait à tout cela 11 mainte effrayante tradition maritime que j’avais

t. De garde.

2. Fête donnée par l’équipage des vaisseaux suédois à leur arrivée à terre. Le conte d’Hoffmann débute par une description de cette fête.

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