‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 221 sur 249 · Vont dans la fournée (Germ · texte numérisé non relu

Vont dans la fournée (Germ

coup, tu pris la parole au milieu du cercle, vénérable pasteur deGrünau : « Enfants, nous restons là immobiles comme une borne ou un vieux préjugé populaire! Allons, la vie spirituelle demande de l’excitation et du mouvement. » Ainsi parla le vieillard, et il se leva; les autres suivirent joyeusement son exemple. Alors, accompagnés des ombres qui s’allongeaient dans la campagne, ils traversèrent près de sa source le ruisseau qui coulait vers la mer sur un lit de gravier, et dirigèrent leur promenade vers les collines vaporeuses. Là, des bouleaux élancés élevaient vers le ciel leurs branche? doucement agitées par les vents, les sapins de l’année étalaient leurs pousses jaunâtres , et sur les fosses des lluns, monuments de l’ancien monde, rampaient des toudes abondantes de genévriers qui faisaient briller au soleil leurs baies entourées de feuilles piquantes. On voyait çà et là quelques mâts isolés qui s’élevaient jusqu’aux nues en grinçant ; tous étaient courbés vers l’ouest par la tempête de l’année quarante-sept. Ils promenèrent leurs rogards sur les riantes camp;: gués, les champs couverts de moissons, les prairies pleines de troupeaux, les bois et les villages qui perçaient do côté et d’autre, jusque vers Eulin, où le rusé chanoine avait su guetter une prébende ; ils causèrent beaucoup et chantèrent les romances si bien senties de Stollberg, d'Hagedorn, de Claudius, de Gleim et de Jacobi; ils chantèrent : « Oh ! qu’elle est belle la terre de Dieu ! » avec Hœlty qui regarde la mort en riant, et déplorèreut ton sort, brave jeune homme. Alors la bonne et intelligente ménagère dit d’un ton ému : « Ici aussi la terre est belle, et ma Louise mérite d’être née en ces lieux et d’y couler une heu- ' reuse existence; mais, voyez, le soleil qui s’incline à l’horizon est sur le point d’atteindre la cime des arbres de la forêt, et les sons voilés de la cloche du soir nous arrivent du village par-dessus la mer. Cette nuée de vapeur nous annonce la rosée qui favorise la croissance des plantes, mais peut facilement donner des refroidissements aux personnes qui

s’attardent dans la campagne. Notre bon père est vieux, et cette jeune demoiselle se costume toujours comme un zéphir. Aujourd’hui, l’œuf veut en savoir plus que la poule. Allons, venez souper mes enfants, l’air deschampsaiguisel’appétit. » Elle dit, prit le chemin de la vallée, et la société la suivit sans trop de peine. Lorsqu’ils eurent atteint le tronc moussu du hêtre au vaste ombrage, la mère et la fille coururent au rivage vers l’esquif, et apportèrent, dans un joli panier, de fines serviettes, des cuillers, des fourchettes, des couteaux anglais, le sucrier de cristal violet, enchâssé dans une monture d’argent en forme de corbeille, présent de la noble comtesse ; elles apportèrent des assiettes de faïence, des fraises d’Espagne dans des plats ovales, et de la crème de lait dans un vase de porcelaine à couvercle simulant un cheu pourpré et que le père remplissait de punch généreux et de bischof quand il recevait en hiver, par un temps de bise, la visite d’un ami. Elles apportèrent sur un lit de feuilles d’ache les écrevisses du ruisseau qui ressemblaient à des homards, et deux chapons froids qu’on avait enveloppés pour les garantir des mouches. Elles apportèrent aussi, pour Walter et Charles, des gaufres aux mille losanges entassées en pyramide et chef-d’œuvre de Suzanne, l’excellente cuisinière. Elles apportèrent enfin le fruit parfumé du melon rayé de vert, du beurre couleur d’or dans un vase bleu dont le couvercle avait pour poignée un enfant occupé à manger, du fromage délicat de lait de brebis, du fromage de Hollande, une énorme rave pour le papa, des cerises savoureuses de plusieurs espèces, des gadefles grosses comme des prunes et des groseilles bien mûres. Après avoir symétriquement disposé sur le tapis ce repas confortable, la florissante jeune fille s’inclina gracieusement et invita la société à faire honneur au souper.

V 088. (Louise.)

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