‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 24 sur 249 · Elle me mcUait sur table avec cela · texte numérisé non relu

Elle me mcUait sur table avec cela

déjà entendue cent fois, et que cependant je ne pouvais me rassasier d’entendre.... Ah! qui me rendra ce bonheur?... Non jamais je ne retournerai sur mer!... Que deviendrais-je avec des camarades qpi ne feraient que $p ipoqupr de moi? Et quel goût pourrais-jq prendre à un travail qui me semblerait une peine inutile pour n’arriver à rien?

— Jeune homme, dit le vieillard quand Élis se tut, je vous entends parler avec le même plaisir que j’ai eu déjà à voir votre conduite, car il y a déjà deux heures que je vous observe sans que vous m’ayez aperçu. Toutes vos actions et vos paroles prouvent que vous ayej une âme sérieuse, réfléchie, pieuse et naïve, et le ciel ne pouvait vous accorder un plus beau don. Mais jamais de votre vie vous n’avez rien yalu pour l’état de marin. Comment la vie sauvage et agitée qu’on mène sur mer pourraibelle convenir à un paisible Néricien porté à la mélancolie? car je vois aux traits de votre visage pt à tout votre maintien, qup vous ôtes de la Néricie. Vous faites bien d’abandonnqr pour toujours ce genre de vie. Mais vous n’allez pas cependant rester les bras croisés 1 ?... Suivez mop conseil, Élis Frœbom ! Allez à Falun, faites-vous mineur ! Vous êtes jeune et vigoureux, vous deyiendrez bientôt, jp n’en doute pas, un excellent garçon mineur, puis maître mineur, inspecteur, et ainsi de suite en augmentant. Vous avez tjo bons ducats dans votre poche; en les plaçant et ajoutant ce que vous gagnerez, vous arriverez certainement à posséder un hemman*, vous aurez votre action indivise dans la mine. Suivez mon conseil, Élis Frœbom; faites-vous mineur.»

Élis Frœbom fut presque effrayé des paroles du vieillard. « Comment 1 s’écria-t jj; que m e conseillez-vous? Quoi! je quitterais cette terre belle et libre, ce ciel serein et resplendissant de soleil qui m’entoure, me réjouit et me réconforte ; je m’ensevelirais dans le gouffre effrayant dp l’enfer, et,

H . Vous ne mettrez pas cependant les mains dans le sein (Germ.). 2. Portion de mine

semblable à la taupe, je fouillerais sans cesse en cherchant du minerai pt des métaux pour un misérable gain?

— Voilà, voilà bipn le peuple 1 s’écria le vieillard en cor 1ère; il méprise ce'qu’il est incapable de comprendre. Misérable gain! Comme si tous les tourments cruels que le commerce amène sur la surface de la terre avaient quelque chose dp plus noble que le travail du mineur, dont le savqir, l'application infatigable, ouvre les trésors les plus secrpts de la nature! Tu parles de misérable gain, Élis Frcebom! Éjjl peqt-être pourrait-il y avoir là un but plus élevé*. Si la taupe aveugjp fouille la terre par un aveugle instinct, il pourrait bien §p faire qu’à la faible clarté de la lampe du minepp l’œil dp l’homme devienne de plup en plus clairvoyant, et que même en se fortifiant de plus en plus, sa vue puisse à la fin reconnaître dans la gangue merveilleuse le reflet de ce qui est cacfjé là-haut au-dessus des nuages. Tu ne sais rien du travail des mines, Élis Frcebom, souffre que je t’en parle, y A cps mots le vieillard s’assit sur le banc auprès d’Éljs, et commença à décrire en détail comment on procédait dans l'extraction des métaux, en s’efforçant dp peindre tout cela des plus vives couleurs et avec une telle clarté, que l’jgnorant matelot put le voir en quelque sorte de ses yeux*. Il en vint aux mines de Faiun, dans lesquelles, disait-il, il avait travaillé depuis sa première jeunesse. Il décrivit le grand puit3 avec ses murailles d’un brun sombre; il parla de l’immense richesse de la minière et de ses gangues magnifiques. Sop discours s’animait par degré, et son regard devenait de plus en plus ardent. Il parcourait les galeries de la mine comme les allées d’un jardin magique. La gangpe s’animait, le fossile se mouvait; l’almandine, le merveilleux pyrosmalithe étincelaient à la clarté de la lampe de mineur ; les cristaux de

t. Il pourrait bien là valoir encore quelque chose de plus élevé (Germ.). •

2. Dans cette phrase de la traduction la concision du texte a été sacrifiée à l’exactitude.

roche resplendissaient et se renvoyaient mutuellement leurs rayons. Élis écoutait avidement*, et la manière étrange dont le vieillard parlait des merveilles souterraines, comme s’il se trouvait au milieu d’elles, s’empara de tout son être. Il sentait sa poitrine oppressée ; il lui semblait qu'il était déjà descendu avec le vieillard dans la profondeur des mines, et que, retenu par un charme puissant, il devait renoncer à tout jamais à la douce lumière du jour. D’un autre côté, on eût dit que le vieillard lui avait ouvert un monde nouveau et inconnu dont il faisait partie, et que toutes les merveilles de ce monde lui avaient été déjà révélées dès sa plus tendre enfance par des pressentiments étranges et mystérieux.

« Élis Frœbom , dit enfin le vieillard, je vous ai montré toute la noblesse d’un état auquel la nature vous a spécialement destiné. Maintenant, ne prenez conseil que de vousmême, et faites ensuite ce que votre sens intime vous inspirera. *

A ces mots, le vieillard se leva brusquement et s’éloigna sans faire à Élis d’autre salut, et même sans se retourner vers lui. Bientôt il avait disparu à ses regards.

Sur ces entrefaites, tout était devenu tranquille dans le cabaret. La force de l’ale et de l’eau-de-vie avait remporté la victoire. Quelques-uns des matelots étaient partis à la dérobée, d’autres étaient couchés dans les recoins de la taverne et ronflaient. Élis, qui ne pouvait pas retourner dans son domicile accoutumé, obtint, sur sa demande, une petite chambre à coucher.

Harassé de fatigue comme il était, à peine se fut-il étendu sur son lit que le songe agita sur lui ses ailes. Il lui semblait voguer à pleines voiles dans un beau vaisseau sur le miroir poli de la mer; au-dessus de lui s’arrondissait la voûte d’un ciel sombre et couvert de nuages. Mais , en regardant dans les ondes, il reconnut bientôt que ce qu’il avait pris pour

t . Hautement.

une mer était une masse diaphane et étincelante dans la lueur de laquelle le vaisseau tout entier s’évanouit miraculeusement. Il se trouva alors sur un sol de cristal, et aperçut audessus de sa tête une voûte de gangue noire et brillante. C’était ce qu’il avait pris d’abord pour un ciel nuageux. Poussé par une force inconnue, il s’avança; mais à l’instant tout se mit en mouvement autour de lui, et, comme des vagues bouillonnantes', s’élevèrent du sol des fleurs et des plantes merveilleuses de métal étincelant, qui entrelaçaient leurs feuilles et leurs corolles de la manière la plus gracieuse. Ce sol était si transparent qu’Élis pouvait apercevoir distinctement leurs racines. Mais bientôt, son regard pénétrant toujours plus profondément, il vit tout à fait au fond d’innombrables et gracieuses figures de vierges qui se tenaient enlacées de leurs bras d’albâtre. C’était de leurs cœurs que sortaient ces racines, ces fleurs et ces plantes, et quand les vierges souriaient, une douce harmonie résonnait sous la voûte immense, et les merveilleuses fleurs de métal s’élançaient plus joyeusement et à une plus grande hauteur. Un inexprimable sentiment de douleur et do volupté s’empara du jeune homme; un monde d’amour, de mélancolie, de désir profond, s’éveilla dans son cœur. Vers vousl vers vous 2 ! s’écria-t-il; et il se jeta les bras étendus sur le sol de cristal. Mais il céda sous lui, et il plana comme dans un éther lumineux. «Eh bien! Élis Frœbom, comment te trouves-tu au milieu de ces splendeurs®?... Ainsi cria une voix forte. Élis aperçut près de lui le vieux mineur; mais au moment où il le considérait plus attentivement, le vieillard prit la forme d’un colosse d’airain fondu. Élis était glacé d’effroi; mais tout à coup un éclair soudain jaillit de l’abîme et lui permit de voir le visage grave d’une femme puissante. Élis sentit quo les transports qui grandissaient sans cesse dans son cœur se

<■ Crépées, frisées.

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