‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 235 sur 249 · ACTE I er , SCÈNE F · texte numérisé non relu

ACTE I er , SCÈNE F

Iphigénie.

Sommets touffus agités par les vents du bois antique et sacré, en m’avançant sous vos ombrages, en entrant dans le sanctuaire silencieux de la déesse, j’éprouve un sentiment de crainte comme si mes pas touchaient ces lieux pour la première fois, et mon esprit no s’y accoutume point. Depuis plusieurs années, une volonté suprême, à laquelle je me résigne, me tient cachée en ces lieux, et cependant je suis étrangère comme le premier jour 1 ; car, hélas! la mer me sépare de ceux que j’aime, et, debout sur le rivage, je passe mes longs jours cherchant avec mon âme la terre des Grecs ; en retour de mes soupirs, la vague ne m’apporte que de sourds mugissements. Malheur à celui qui, loin de ses parents et de ses frères et sœurs, mène une vie solitaire! Le chagrin dévore le bonheur qu’il était sur le point de goûter*. L’essaim de ses pensées s’envole toujours vers la demeure de ses pères, où le soleil ouvrit pour la première fois le ciel à scs regards, où, livrés à leurs jeux, des enfants de même âge s’attachaient de plus en plus l’un à l’autre par de doux liens. Je ne juge point les décrets des dieux 4 5 ; mais le sort des femmes est digne de pitié. Dans sa maison, à la guerre, l’homme commande, et, dans les pays étrangers, il sait pour-

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