‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 240 sur 249 · Quand il alla malgré lui (invitât) vers l’Orcus · texte numérisé non relu

Quand il alla malgré lui (invitât) vers l’Orcus

4. Oh! l’eussé-je suivi en saisissant son bord (le bord de son manteau).

venu si tu avais cessé d’exister : depuis mon enfance je ne vis et ne puis vivre qu’avec loi et pour toi.

Oreste. Ne me rappelle pas ces beaux jours où ta maison m’offrit un libre asile, où, plein de prudence et de tendresse, ton noble père ranima, par ses soins, la jeune plante à demi desséchée '; tandis que toi, compagnon toujours joyeux, semblable à un léger papillon diapré, voltigeant autour d’une fleur sombre, tu faisais passer, en te jouant, une nouvelle vie dans mon âme, de telle sorte, qu'oubliant mon infortune, je m’abandonnais avec toi à l’entraînement d’une bouillante jeunesse.

Pyiade. Ma vie ne commença que lorsque je t’aimai.

Oreste. Dis plutôt mon malheur commença, et tu diras vrai. Ce qu’il y a de plus cruel dans ma destinée, c’est que, semblable au pestiféré que l’on bannit, je porte secrètement dans mon sein la douleur et la mort; aussitôt que mes pas touchent le lieu le plus salubre, les visages naguère florissants de sauté trahissent autour de moi le trait douloureux d’une lente mort .

Ptlade. Je serais le premier à succomber, cher Oreste, si ton haleine était un poison, et cependant ne suis-je pas toujours plein de courage et de gaieté? Et la gaieté et l’amitié sont les ailes qui nous’ portent aux grandes actions.

Oreste. Les grandes actions? Oui, je sais le temps où nous les voyions en perspective : lorsque, à la poursuite des bêtes sauvages, nous parcourions ensemble les monts et les vallées et que nous espérions pouvoir aussi quelque jour, égaux par le bras et le cœur à notre illustre aïeul, poursuivre avec la massue et le glaive les monstres et les brigands; lorsque, ensuite, appuyés l’un sur l’autre, nous reposions sur le rivage de la mer immense, que les vagues venaient se jouer jusqu à nos pieds et que le monde se déployait devant nous si grand, si vaste, alors il arrivait maintes fois que l’un de nous portait la main à son glaive, et les hauts faits à venir sortaient en

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