I . Nous lisons Sou: au lieu de îSlauc
Où est le zéphyr qui m’éveillera pour une vie nouvelle et la contemplation de nouveaux soleils? C’est l’étre qui couvre ces branches noirâtres de rameaux rafraîchissants, et qui revêt d’une magnifique parure cette contrée solitaire, afin que l’homme comprenne les grandes vérités que la nature révèle à son cœur ému. Oui, je l’entends cette puissante harmonie, cette voix qui ne saurait tromper; elle parle à mon cœur, et la douce ivresse dont me pénètrent ses mélodieux accents * est le précurseur de mondes plus beaux.
J’entends ton ramage, petit habitant de ces cimes touffues; approche, car, seule, ta voix est digne de retentir dans cette solitude; ta douce chanson me transporte complètement dans ce monde d’innocence que tu habites. Tandis que le gai chardonneret, se balançant sur une branche pliante, répète ses joyeux refreins et chante sa joie au léger peuple ailé, sous la sombre voûte de ce vert feuillage, tu fais entendre, ô charmant rossignol, la charmante mélodie qui résonne au loin dans le silence solennel du bosquet.
Heureux habitants de ces labyrinthes de verdure tissus de lumière et d’ombre, qui élèvent dans les airs leur architecture, aussi gracieuse que hardie, vous vivez sans connaître l’homme à courte vue, l’homme qui ne comprend pas votre nature.
Pauvres humains, écoutez l'histoire véridique que l’hymne sacré d’un habitant du feuillage révéla à mon oreille attentive.
Au commencement des choses, lorsque chaque être créé jouissait de tout le bonheur dont son espèce était susceptible, la raison étendait son empire sur tous les êtres sentants. La race humaine fut la première à se corrompre; elle bâtit des demeures permanentes, et déclara aux autres animaux ses frères une guerre éternelle. Déjà les dieux qui habitaient sur la terre, avaient privé les hommes de leur présence; ils s’é-
< . Où me berce le doux son de ses accents divers.
PROSE: DESCRIPTIONS. 7i
taient retirés dans les profondeurs des bois, et vivaient sous leur ombre sainte comme dans le temple de la nature. Souvent les bergers pénétraient dans ce sanctuaire pour implorer leur assistance, et maintes fois les dieux exauçaient ces prières émanées d’un cœur pur. « Augustes habitants de cette solitude qui n’a jamais été souillée, ainsi priait un brave jeuno homme, ô dieux ! sauvez mon innocence ! Déjà toute vertu est devenue étrangère à mes frères, et, semblable à des vagues furieuses, le vice inonde montagnes et vallées, et menace la race humaine tout entière de la misère et de la mort. A peine reste-t-il dans cette forêt un asile pour l’homme de bien qui honore les dieux. Oh! sauvez-moi de la destruction générale! Parmi les êtres que vous avez créés, n’en est-il donc aucun qui ait conservé son innocence primitive? S’il en est encore oh ! accordez-moi dé vivre avec eux dans cette innocente félicité! Mes offrandes seraient encore plus pures, et mes vœux plus dignes de vous. »
A peine il avait dit, que sa forme humaine disparut et fit place au chantre ailé le plus beau de la forêt. — Depuis cetto époque, revêtant le corps léger d’un serin ou d’un rossignol, d’autres âmes tendres et pures vivent heureuses et cachées à tous jamais dans le sanctuaire de la forêt. Leurs délicieuses * sensations se répandent en accents harmonieux, que seuls ils peuvent comprendre, et qui sont devenus leur langage prdinaire. '
Bienheureux petit peuple dont la destinée reçoit un nouveau prix de chaque jour qui s’éveille, un nouvel attrait de chaque nuit qui s’approche I Aussitôt que le soleil enflamme de ses premiers rayons la pourpre blafarde de l’aurore, vos chants d’amour appellent votre heureuse compagne. Lorsque l’astre du jour s’élevant à l’horizon, le citadin sans âme soupire sous le fardeau de son corps, et que les fleurs s’inclirientsur leurs tiges fatiguées, exempts de soucis, vous voltigez avec les zé-
\ . Paradisiaques.
phyrs à travers la fraîche obscurité des forêts; enfin, lorsque le soir arrive avec son éclat plus doux, vous sautillez de branche en branche dans vos demeures rafraîchies, et l'hymne du sommeil que font entendre vos voix réunies me révèle l'inexprimable félicité de la vertu et de l’innocence.
Bonstctten.