‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 35 sur 249 · VOYAGE DE NAPLES A ISCHIA · texte numérisé non relu

VOYAGE DE NAPLES A ISCHIA

C’était une nuit d’une pureté sans égale 1 Les étoiles seules éclairaient la terre et la Voie lactée était d’argent. Une seule allée entrelacée de pampres conduisait à la superbe ville. De tous côtés on entendait les bruits divers des conversations et des chants lointains. Des sombres forêts de châtaigniers, des coteaux éclairés par la lune, les rossignols s’appelaient l’un l’autre. Une pauvre jeune fille, que nous avions prise avec nous et qui s’était endormie, répétait en rêvant les sons qui frappaient ses oreilles. Et puis , réveillée à demi , encore sous l’impression du songe qui l’avait agitée, elle promenait autour d’elle des regards étonnés et souriants. Une légère voiture à deux roues nous dépassa sur la route; le voiturier debout sur le timon, chantait aussi. Profitant de la fraîcheur de la nuit, des femmes portaient à la ville des corbeilles de fleurs. Les émanations les plus suaves s’élevaient de ces calices embaumés et se répandaient au loin dans les airs *, et le cœur et les poumons respiraient à l’envi ce philtre amoureux. Brillante comme un soleil, la lune trônait au haut du ciel et l’horizon était doré par les étoiles. Pas un nuage au firmament; seulement à l’est, on apercevait une sombre colonne de fumée : c’était le Vésuve.

Fort avant dans la nuit, vers deux heures, nous fîmes notre entrée dans la grande et splendide cité où le mouvement du

Dans le lointain, près de nous, embaumaient des paradis entiers de calices de fleurs.

jour durait encore *. Une foule joyeuse remplissait les rues; les balcons se renvoyaient les chants; sur les terrasses, les lampes brillaient à travers les fleurs et les arbres verts. Le carillon des horloges animait encore la scène * et les rayons de la lune semblaient répandre la chaleur avec la lumière *. De temps à autre, on apercevait sous quelque portique un homme endormi, comme s'il eût fait la méridienne. — Dian, qui n’était étranger nulle part *, fit arrêter la voiture au sud, du côté de la mer et s’enfonça dans les détours de la ville, afin d’organiser, par l’intermédiaire d’anciennes connaissances, les moyens de nous transporter à Ischia, assez de bonne heure, pour que, au lever du soleil, nous pussions de la pleine mer, contempler Naples dans toute sa splendeur avec son golfe et sa longue ligne de côtes. La jeune Ischianaise s’enveloppa de son voile bleu pour se garantir des cousins et s’endormit sur le sable noir de la grève.

Pour moi, je me promenais seul de côté et d’autre, oubliant la nuit et le repos 8 . La mer dormait ; la terre semblait éveillée. La lune s’inclinait déjà vers le Pausilippe, et, à sa lueur incertaine, je contemplais cette ville splendide, frontière de l’empire des ondes, ces amphithéâtres de palais échelonnés les uns au-dessus des autres, jusqu’au point où surgit le château Saint-EIme, comme un lis au milieu d’un bouquet verdoyant. De ses deux bras, la terre étreignait la mer. Sur son bras droit, le Pausilippe, elle étendait ati loin dans les eaux les vignobles en fleur ; sur le gauche, qui portait dès villes, elle entourait les vaisseaux et les vagues et Tes pressait sur son sein. Comme un sphinx , l’anguleuse Capri découpait à l’horizon sa sombre silhouette et gardait la

porte du golfe. Derrière la ville, la fumée du volcan s’élevait «

t . Où le jour virant continuait à fleurir.

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