‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 36 sur 249 · Pour moi il n’y avait aucune nuit et aucune maison · texte numérisé non relu

Pour moi il n’y avait aucune nuit et aucune maison

dans l’éthcr et parfois, des étincelles se jouaient entre les étoiles.

Bientôt la lune disparut derrière les ormes du Pausilippe ; la ville s’enveloppa de ténèbres; le tumulte de la nuit s’évanouit peu à peu; les pêcheurs quittèrent leurs barques, éteignirent leurs torches et se couchèrent sur le rivage. A son tour, la terre sembla s’endormir et la mer se réveiller. Une brise soufflant de la côte, agita les ondes tranquilles. — Vivement éclairée par la lune, Sorrente, taillée en croissant, reluisait comme une plaine argentée. La colonne de fumée du Vésuve fut balayée, et, du haut du cratère, une aurore pourprée s’étendit sur la côte comme sur un monde fantastique.

A demi voilé par le crépuscule, le jour naissant était plein de rêves juvéniles. Comme l’écho, le paysage, la montagne, la côte ne répètent-ils pas d’autant plus de syllabes qu’elles sont plus éloignéesl — Combien je trouvais de jeunesse dans l’univers et dans mon cœur ! Dans cette aurore était concentrée l’aurore de ma vie I

Mon ami revint; tout était prêt; les bateliers à leur poste. Nous éveillâmes Agathe 1 et nous nous embarquâmes au moment où la pourpre du matin enflammait la cime des montagnes. Poussé par la brise, notre léger esquif vola vers la haute . mer.

Avant que nous eussions doublé le promontoire du Pausilippe, le soleil, qui semblait surgir du cratère du Vésuve, s’élevait lentement dans le ciel * et la terre et la mer étaient en leu. Naples, avec son hémicycle de palais empourprés par l’aurore, son port plein d’une forêt de mâts aux bannières flottantes, ses villas entassées sur le flanc de la montagne jusqu’à la grève, son château Saint-Elme au trône verdoyant, était là devant nous, s’élevant majestueusement entre deux montagnes, en face de la mer.

t . Pour la joie.

2 . Le cratère du Vésuve lançait lentement dans le ciel son (Ils ardent le soleil. . ... ....

Quand nous eûmes dépassé le Pausiiippe, nous aperçûmes de loin l’Époméo, se dressant au milieu d’Isehia, comme un géant à la tôte chauve et blanche, ayant pour ceinture une forêt. Peu à peu les lies nous apparurent successivement, comme autant de villages jetés çà et là sur la plaine liquide et les promontoires s’enfonçaient fièrement dans les flots écumeux. Alors, avec plus de vie et de puissance que la terre desséchée, morcelée, engourdie, s’épanouit à nos yeux l’empire des ondes qui rassemble dans son sein toutes les forces, depuis le torrent et la vague, jusqu’à la goutte d’eau. O élément tout-puissant et cependant plein de mansuétudet tu t’élances avec furie contre les côtes et tu les dévores, et tes bras de polype étreignent en tous sens la terre et rongent ses contours 1 ; mais d’un autre côté, domptant les torrents sauvages, tu les transformes en ondes paisibles; doucement tu caresses tes petits enfants, les lies; tu caresses la main qui pend hors de la gondole et tes flots jouent devant nous, bercent mollement notre nacelle et jouent encore derrière nous.

Pendant que nous passions devant cette petite Nisita, où jadis Brutus et Caton cherchèrent un refuge après la mort de .

César; devant, l’enchanteresse Baya et le magique château '

où, jadis, trois Romains arrêtèrent le partage du monde; devant cet immense promontoire, sur lequel s’élevaient les maisons de plaisance des Romains célèbres ; devant la montagne de Cumes consacrée par le souvenir de Linternum où vécut et mourut Scipion l’Africain;.... un souffle de la vie de ces géants® pénétra dans mon âme et je dis à mon ami :

« Quels hommes c’étaient!.... A peine apprenons-nous incidemment dans Pline ou dans Cicéron qu’un d’eux avait ici une villa, ou que Naples existait.... Dans cette nature luxuriante®, la mer glaciale de l’Allemagne et de l’Angleterre, les sables de l’Arabie, partout leurs lauriers croissent égale-

1. Et avec tes bras de polype creusants tu t’attaches au globe entier.

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