‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 37 sur 249 · Cette mer de joie de la nature · texte numérisé non relu

Cette mer de joie de la nature

ment.... Dans les déserts, comme dans les paradis, leurs cœurs virils battaient d’une égale force ; et pour ces âmes upiverselles, il n’y avait pas d’autre demeure que l’univers entier. Pour de telles âmes, les sentiments l’emportent, en quelque sorte, sur les actions; et, en présence du spectacle qui s’offre à nos regards, un Romain pouvait être sublime, rien qu’en pleurant de joiel dis-moi, Dian, est-ce notre faute à nous, hommes nouveaux , si nous vivons si tard derrière leurs ruines! »

Jeunesse et ruines, passé écroulé et éternelle exubérance couvrent le rivage de Misène et toute la côte à perte de vue.... Sur les urnes cinéraires brisées des dieux défunts, sur les temples en ruines de Mercure et Diane, jouaient la vague capricieuse et l’éternel soleil.... Des piliers de ponts écroulés, des colonnes de temples ou des arceaux isolés faisaient entendre de graves paroles au milieu de cette vie surabondante.... Les noms antiques et sacrés des champs Élyséens, de l’Averne, de l’Achéron existent encore sur la côte.... Les fragments de roches et les décombres de temples gisent pêle-mêle sur la lave bariolée.... Tout vivait, tout fleurissait. — La jeune fille et les bateliers chantaient ; les montagnes et les îles grandissaient aux rayons ardents du jour ; les dauphins suivaient notre nacelle en se jouant ; sur nos têtes les alouettes planant dans l'éther faisaient entendre leurs cris joyeux ; et de tous les points de l’horizon, des navires cinglaient vers nous et passaient avec la rapidité de la flèche. La nature étalait devant moi ses créations multiples où débordait la vie, et résonnait comme un instrument gigantesque dont les cordes auraient été tendues du Vésuve et du Pausilippe à l’Époméo '.

Soudain un coup de tonnerre retentit dans l’azur du ciel, au-dessus de la mer : c Pourquoi pâlissez-vous? me dit la

I. Il y avait devant moi divine exubérance et mélange du monde; les cordes frémissantes de la vie étaient tendues & partir du sentier latéral du Vésuve et du Pausilippe jusqu’à l’Époméo.

jeune fille? Ce n’est que le Vésuve. » Le Vésuve c’était un dieu pour moi.... Que dis-je? Le ciel, la terre et la mer m’apparaissaient comme trois divinités : il me semblait qu'au souffle de cette tempête matinale les feuillets du livre de la vie se déroulaient en frémissant et que j’y lisais nos songes et leur explication.

Peu de temps après, nous abordâmes sur une côte qui serpentait vers le nord et semblait n’étre que le pied d’une montagne : c’était la charmante Ischia !

J. P. Richter.

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