‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 40 sur 249 · LA FORÊT BRÉSILIENNE · texte numérisé non relu

LA FORÊT BRÉSILIENNE

En essayant de tracer ici un tableau de l’intérieur d’une forêt vierge des tropiques, nous ne devons pas oublier d’appeler l’attention sur les rapports existants entre les individus isolés, au point de vue de l’instinct de conservation. Avec une vie si exubérante, une tendance si énergique au développement, le sol des tropiques lui-même , malgré sa luxuriante fécondité, ne peut fournir en quantité suffisante la substance nutritive; aussi, l’instinct de conservation détermine-t-il, entre ces végétaux gigantesques, une lutte incessante, et le déboisement s’opère dans des proportions encore plus considérables que dans nos forêts. Les arbres déjà parvenus à une haute croissance, et qui ont besoin d’une grande abondance de sucs nutritifs, ressentent l’influence do leurs voisins encore plus puissants, s’arrêtent soudain dans leur développement,

faute de nourriture, et, en peu de temps, ils deviennent la proie des forces générales de la nature, qui les livre à une rapide destruction Après quelques mois d’atropbie, on voit les arbres les plus magnifiques rongés par les fourmis et autres insectes, envahis par la pourriture des racines au sommet, jusqu’à ce qu’enfin ils s’écroulent avec fracas, à la grande terreur des solitaires habitants de la forêt. Généralement, les cultivateurs ont fait la remarque que les arbres isolés au milieu de plusieurs autres d’une essence différente sont plus facilement opprimés par ces derniers. Une culture régulière, à laquelle on n’a pas encore songé dans ces forêts si peu habitées doit donc, à l’avenir, avoir pour objet, non d’entasser les plants dans un étroit espace, mais bien, au contraire, de les tenir à distance convenable.

Dans ces forêts primitives, le monde animal n’est pas moins remarquable que le monde végétal. Transporté pour la première fois dans ces contrées, le naturaliste ne sait ce qu’il doit admirer le plus dans les animaux, des formes, des couleurs ou des sons. Le milieu du jour excepté, où tous les êtres vivants de la zone torride cherchent le repos et l’ombre, et où un calme solennel règne sur cette nature tropicale inondée de soleil, chaque heure de la journée appelle un monde nouveau de créatures : Le matin s’annonce par le mugissement des singes hurleurs, les coassements aigus et graves du graisset et du crapaud et le cri monotone des cigales et des sauterelles. Le soleil en s’élevant à l'horizon a-t-il dissipé lés vapeurs qui le précèdent, alors toutes les créatures saluent avec allégresse le jour nouveau : les guêpes quittent leur nid d’un pied de long suspendu au* branches, les fourmis sortent de leurs demeures de terre glaise artistement construites, dont elles couvrent le tronc des arbres, et commencent leurs pérégrinations dans les sentiers tracés par elles; il en est de même des termites, qui fouillent le sol en tout sens. Les papillons les plus bigarrés rivalisent d’éclat aveG les couleurs de l’ac-en-ciel* et notamment de nombreuses

hespérides, volent de fleur en fleur, cherchant leur nourriture dans les clairières, ou bien, rassemblés par troupes, s’assoieiilent sur les marges sablonneuses des frais ruisseaux. Le ménélas aux reflets d’azur, le nestor, l’adonis, le laerte, l’idea d’un blanc bleuâtre, et le grand euriloche aux ailes parsemées d'yeux, prennent leur essor comme des oiseaux, à travers les humides vallées et les halliers verdoyants. La feronia au vol bruyant s’élance comme un trait d’arbre eu arbre, tandis qu’immobile et collé au tronc, le hibou, le plus grand des papillons nocturnes, attend la venue du soir. Des myriades de scarabées, brillant du plus vif éclat, bourdonnent dans l’air et scintillent comme des pierreries sur la fraîche verdure des feuilles ou la corolle embaumée des fleurs. De tous côtés, on voit ramper des lézards, remarquables par leurs formes, leur taille ou la richesse de leurs nuances. Avides de soleil, des serpents venimeux ou inoflensifs, aux tons blafards ou surpassant l’émail des fleurs, sortent de la feuillée, des cavités des vieux troncs ou du sol, s’entrelacent aux branches, et épient les insectes ou les oiseaux. A partir de ce moment, tout est plein d’une vie active 5 les écureuils, les singes,, sortant de l’intérieur de la forêt, se dirigent vers les plantations d’un air de curiosité, et sautent d’arbre en arbre en sifflant et en glapissant. Le jacus, semblable à la poule, les hoccos et les colombes, descendent des branches et errent çà et là sur le sol humide de la forêt. D’autres oiseaux aux formes étranges, au splendide plumage, voltigent, solitaires ou par troupes, à travers les halliers embaumés; les perroquets verts, bleus ou rouges, rassemblés au sommet des arbres ou volant vers les plantations et les îles, remplissent l’air de leur babil croassant; le toucan tire de son gros bec creux des sons pareils au bruit d’une crécelle, et ses accents plaintifs appellent la pluie. Les piroles affairés se glissent hors de leurs longs nids pendants, en forme de bourses, pour rendre visite aux oranges mûres, et ceux d’entre eux qui font sentinelle annoncent par leurs cris aigres et perçants

l'approche de l'homme; les moucherolles solitaires, à l’aguet des insectes, s’élancent des arbres ou des arbustes, et dans leur vol rapide saisissent le ménélas qui se berce dans l’air, ou le brillant scarabée qui bourdonne. Gependant, cachée dans le fourré, la grive amoureuse exhale sa joie en douces mélodies; les pipres bavards se livrent à leurs ébats dans les broussailles, et, pour tromper le chasseur, répètent tantôt d’un côté tantôt d’un autre, leur chant semblable à celui du • rossignol, tandis qu’au loin retentissent les coups de bec du pic sur l’écorce des arbres. Dominant tous ces bruits divers, l’uraponga, perché sur les plus hautes cimes, fait entendre des sons métalliques pareils au choc du marteau sur l’enclume, et qui, paraissant s’éloigner ou se rapprocher, suivant la position de l’oiseau, jettent le voyageur dans l’étonnement. Pendant que tout ce qui vit célèbre par ses chants ou ses mouvements la beauté du jour, les mignons colibris, qui rivalisent d’éolat et de magnificence avec les diamants, les émeraudes et les saphirs, voltigent par essaim autour des plus belles fleurs. Avec le coucher du soleil, la plupart des animaux rentrent dans le repos. Seul, l’agile chamois, le pécari farouche, le timide agouti, et le tapir au museau en forme de trompe, continuent de paître çà et là, tandis que le didelphe, le philandre, et les diverses espèces de chats. sauvages, se glissent sournoisement dans l’obscurité de la forêt pour épier leur proie. Enfin, le mugissement du singe hurleur, le cri du paresseux, qui semble appeler au secours, le coassement des grenouilles et le chant aigre et triste des cigales, viennent clôturer le jour, et le cri du macuc, du capueira, du crapaud volant, et le baryton de la grenouille géante, annoncent l’entrée de la nuit. Des myriades de scarabées phosphorescents tourbillonnent de toute part comme des feux follets, et, semblables à des fantômes, les chauves-souris vampires voltigent dans les ténèbres épaisses do la nuit des tropiques.

- , Mariins.

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-, LA CAVERNE d’aTARUIPE,

A l’entrée sud du Raudal d’AItures, sur la rive droite du fleuve, se trouve la caverne d’Ataruipe , dont la renommée s’étend âu loin chez les Indiens. Les environs ont un caractère grandiose et sérieux en harmonie avec une sépulture nationale. On gravit avec peine, et non sans danger de rouler en bas, des rochers de granit complètement nus. Il serait presque impossible de se tenir de pied ferme sur cette surface glissante, si, défiant les ravages du temps', de grands cristaux de feldspath longs d’un pouce ne faisaient saillie hors des rochers.

A peine arrivé au sommet on est frappé d’étonnement à la vue du vaste panorama qui embrasse tout le pays environnant. Du lit du fleuve écumant s’élèvent des monticules parés de bois ; de l’autre côté du fleuve et au delà de la rive occidentale, le regard se repose sur les immenses prairies du Méta ; à l’horizon apparaissent, comme un orage menaçant qui se prépare, les montagnes d’Uniama. Yoilà ce qu’on découvre au loin; mais dans le voisinage tout est désert et resserré. Dans la vallée, profondément creusée, planent solitairement le vautour et les caprimulges croassantes, et leur ombre glisse et s’évanouit sur le flanc du rocher dépouillé.

Ce bassin est environné de montagnes dont le sommet ar- • rondi supporte d’immenses ballons de granit. Le diamètre de ces ballons est de quarante à cinquante pieds. Ils semblent ne reposer sur leur base que par un seul point, et, en apparence, le plus léger tremblement de terre suffirait pour les faire rouler en bas.

La partie inférieure de la vallée est couverte de bois épais* ; c’est dans cet endroit ombragé que s’ouvre la caverne

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