‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 49 sur 249 · THÉORIE DU SUBLIME · texte numérisé non relu

THÉORIE DU SUBLIME

Mais en quoi consiste donc le sublime idéal? — Kant et après lui Schiller répondent : En un infini que les sens et l’imagination sont dans l’impuissance de donner et de comprendre, tandis que^la raison le crée et le saisit. Mais déjà on peut dire que la sublime (par exemple une mer, une haute montagne) n’est pas insaisissable aux sens, puisqu’ils embrassent lo théâtre dans lequel ce sublime se manifeste. La même chose s’applique à l’imagination qui vole sur la trace des sens, et qui, dans ses déserts sans limites, ses hauteurs éthérées, construit d’abord l’espace infini pour la colossale pyramide. — De plus, le sublime est, il est vrai, toujours lié à un signe sensible en nous ou hors de nous, mais souvent, il n’emprunte nullement le secours des forces de l’imagination ou des sens. C’est ainsi, par exemple, que dans cette poésié orientale, où le prophète attend l’indice du passage de la divinité, qui ne vient ni après le feu, ni après lo tonnerre, ni après l’ouragan, mais après un doux et léger zéphyr, il est évident que le signe de douceur est plus sublime que ne le serait le signe do majesté. De même, le sublime esthétique de l’action est toujours en raison inverse de l’importance du signe sensible qui est toujours d’autant plus sublime qu’il est plus petit. A cet égard, le mouvement des sourcils de Jupiter est plus sublime que celui de son bras ou de toute sa personne. En outre, Kant divise le sublime en mathématique et dynamique, ou bien, comme l'exprime Schiller, en sublime qui dépasse notre compréhension, et sublime qui menace notre existence. Un pourrait l’appeler plus brièvement sublime quantitatif et qualitatif, ou bien, externe et interne. Cependant, l’oeil ne peut jamais percevoir qu’un sublime quantitatif; ce n'est qu’un raisonnement fondé sur l'expérience, et non une perception immédiate qui peut fairo

d’un précipice, d’une mer orageuse, un sublime dynamique. Comment donc est-il perçu? Acoustiquement. L’oreille est le ministre immédiat de la force et de la terreur. Que l’on pense au bruit du tonnerre, au mugissement des mers et des cascades, au fracas des avalanches*, etc., sans aucune expérience, un homme novice tremblera devant cette grandeur perceptible à l’oreille, tandis que toute grandeur visible ne Terait que la détruire en l’amplifiant.

S’il m’est permis de définir le sublime, Y infini appliqué, la division sera quintuple ou seulement triple : l’infini appliqué à la vuo (sublime mathématique ou optique) à l’ouïe (sublime dynamique ou acoustique), ensuite il faut que de l’intérieur l’imagination ramène l’infini à ce rapport quantitatif ou qualilatif qui peut affecter la sensibilité comme immensité et comme divinité ; enfin, il est une troisième ou cinquième espèce de sublime qui se manifeste en raison inverse du signe sensible externe ou interne : lo sublime moral ou actif.

Maintenant, comment le sublime peut-il étro appliqué à un objet sensible, lorsque cet objet Iui-méme, comme je l’ai prouvé, est moindre que la sphère parcourne par les ailes des sens et de l’imagination*? L’immense intervalle entre le signe sensible et la chose signifiée immatérielle, que la pathognomique et la phvsiognomique doivent franchir à charpie instant, est comblé par la nature seule et non par une idée intermédiaire. Par exemple, entre l’expression mimique de la haine et la haine elle-même, bien plus, entre le mot et l'idée, il n’y a aucune assimilation possible; mais il y a à trouver sous quelles conditions un objet sensible devient, de préférence à un autre, signe spirituel. Pour l’oreille, il faut à la fois l’extensité 3 et l’intensité; le son ne doit pas seulement

t. Au tonnerre des nuages, des mers, des cascades, des avalanches,

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