DEVOIRS DE L’HISTORIEN
Que sont- elles devenues les générations dont le sang coule dans nos veines, qui, vêtues de la peau d’ours de la barbarie, nous ont conquis au prix de leur sang, dans les ténèbres du passé, le sol sur lequel nous semons et moissonnons, et qui plus tard, mûries et civilisées par les siècles, ont pensé, enseigné, écrit, découvert, médité ou erré pour nous? Et nous aussi nous travaillons pour les générations futures; car, dans l’édifice du temps, il n’y a jamais de point d’arrêt, et les périodes de destruction ne servent elles-mêmes qu’à stimuler des forces nouvelles, une métamorphose de la vie. Comme elle est sublime, cette permanenoe d’une race mortelle, cette loi divine, en vertu de laquelle 1 un travailleur fait place à un autre et va goûter le repos en abandonnant ses outils à un successeur plus jeune qui attendait avec impatience I Et cependant, malgré tant d’efforts, nul de ces ouvriers ne peut se flatter de voir la coupole de l’édifice auquel il travailla avec tant d’ardeur! Émus et reconnaissants, agenouillons-nous devant ce grand mausolée de l’histoire sous lequel reposent les générations qui ont agi, combattu, souffert pour nous, et qui nous ont fait du bien sans nous conriattre. Et nous aussi, c’est avec un sentiment pénible que nous nous verrions oubliés par les générations auxquelles nous devons donner naissance, et pour lesquelles nous agissons et travaillons maintenant. Mais pour nous rendre dignes 1 de ce souvenir, il faut que
4. Celle permanence d’une race mortelle où un travailleur, etc.