Scrutatrice
2. Non* ne pouvons expliquer ici la valeur philosophique de cette formule, que nous avons analyste dans l’ouvrage ayant pour litre: fh'grl , exposition de sa doctrine.
cœur que je me présente au milieu de vous. Je sais et je proteste que ma volonté ne faillira jamais à la loi que mes convictions m’imposent et au serment que j'ai prêté '. Ma force bornée sera-t-elle toujours à la hauteur de mes devoirs et de mes intentions? Voilà la crainte qui seule m’humilie et m’abat. Mais je promène mes regards sur les hommes rassemblés autour de moi dans cette haute cour, et mon courage se ranime à la pensée qu’avec des hommes pénétrés d’un même esprit, il est facile d’accomplir même de grandes choses. Messieurs, je connaissais, j’estimais laplupart d’entre vous avant de vous avoir vus ; nous avons agi dans un même esprit et pour la même fin avant que le lien de fonctions communes nous eût associés d’une manière si étroite.
Permettez-moi encore quelques mots qui ont un rapport direct avec le but de ma mission.
A mon avis, le premier devoir que la justice impose à ses administrateurs, c’est une délibération mûre, profonde, qui garantit à la conscience la vérité et la droilure de la décision. Le second devoir, je pense, c'est que le plaideur obtienne un jugement dans le plus bref délai possible. Un procès gagné après un long retard entraîne des conséquences aussi mauvaises, souvent même plus désastreuses, qu’un procès bientôt perdu ; mais l’ordre de la justice se trouverait complètement renversé, si le second devoir n’était pas limité par le premier. C’est le devoir du juge de ne pas traîner une affaire en longueur; mais c’en est un aussi de ne pas se hâter. Que personne, à l’avenir, ne puisse reprocher, avec quelque apparence de raison, à cette haute cour d’avoir violé ou négligé l’un ou l’autre de ces devoirs : c’est ce que me garantissent la conscience et les lumières de ces hommes auxquels je me réjouis et m’honore d’appartenir désormais*. ,
f éuerbach .
1. La tournure de Ja phrase a été modifiée dans la traduction.
2. Auxquels mon plus beau bonheur et mon Jionncur le plus élçvé est d’appartenir désormais.
PROSE: DISCOURS
ORAISON FUNÈBRE DE JEAN-PAUL RICHTER (prononcée le 2 décembre 1825).
Un astre s’est couché, et l’œil de ce siècle se fermera avant qu’il apparaisse de nouveau; car le génie lumineux décrit d’immenses orbites, et il faudra bien du temps avant que les arrière-neveux saluent de leurs acclamations joyeuses, ce dont les pères se seront séparés autrefois avec des larmes etdes gémissements. Une couronne est tombée de la tète d’un roil un glaive s’est brisé dans la main d’un général ! un grand prétro est mort! Ah! c’est à bon droit que nous pleurons celui qui était pour nous un dédommagement, et dont rien ne saurait nous dédommager. Chaque pays trouve une douce compensation à ses dures privations. Le Nord sans cœur a son énergie de fer, le Sud maladif son soleil d’or, la sombre Espagne sa foi, le bel esprit réjouit et console le Français besoigneux, et la liberté transfigure les brouillards de l’Angleterre. Nous avions Jean-Paul, et nous ne l’avons plus, et avec lui nous avons perdu ce que nous ne possédions qu’en lui : la force, la douceur, la gaieté sereine et les hardiesses du langage. Voilà l’astre qui a disparu : la foi céleste qui nous a éclairés en s’éteignant. Voilà la couronne qui est tombée : la couronne de l’amour qui maîtrisait celui qui la portait et tous ceux qui lui étaient soumis. Voilà le glaive qui s’est brisé : la raillerie maniée par une main redoutable *, et devant laquelle tremble l’orgueil et rougit la flatterie. Et voilà le grand prêtre qui priait pour nous dans le temple de la nature; il s’en est allé, et notre prière n’a plus d’interprète. Pleurons sur lui que nous avons perdu et sur ceux qui ne l’ont pas perdu. Il n’a pas vécu pour tous; mais un temps viendra où il naîtra pour tous, et tous le pleureront.
. 1. La raillerie dans une main aigue. - ,
Pour lui, il se tient patiemment à la porte du vingtième siècle, et attend en souriant que son peuple traînard vienne le rejoindre. Alors il conduira ceux qui sont fatigués et ceux qui ont faim dans la ville de son amour; il les introduira sous un toit hospitalier : les grands personnages au goût blasé dans le palais du noble Albano, les gens simples et moins délicats dans la chambre étroite de son Siebenkæs, où l'active Lenelte s’empresse autour du foyer, et où l’hote malin 1 et mordant assaisonne de poivre ses mets germaniques*.
Les siècles s’écoulent, les saisons passent, le souffle du bonheur est inconstant, l’échelle des âges s’élève et s’abaisse. Rien n’est durable que lo changement; rien n’est constant quo la mort. Chaque pulsation de notre cœur nous fait une blessure, et la vie ne serait qu’une torture 3 continuelle sans la poésie. Elle nous procure ce que la nature nous refuse : un âge d’or que n’atteint pas la rouille, un printemps qui ne défleurit pas, un bonheur sans nuage et une jeunesse éternelle. Le poëte est le consolateur de l’humanité, pourvu toutefois qu’il ait reçu sa mission du ciel, que Dieu l’ait marqué au front de son sceau, et qu’il n’apporte pas pour un vil salaire le céleste message. Voilà ce qu’était Jean-Paul. 11 ne chantait pas dans le palais des grands; ce n’est pas à la table des riches qu’il caressait les cordes de sa lyre. C’était le poète des humbles, le chantre des pauvres, et là où pleuraient les affligés on entendait les doux accords de sa harpe. Si nous payons le tribut de notre respect à la cloche orgueilleuse qui résonne majestueusement les jours de grande fête, notre amour appartient à l’horloge qui accompagne chaque battement de notre cœur, est chaque quart d’heure l’écho de nos joies, et nous enlève nos douleurs minute par minute.