Allusions & divers ouvrages de Jean-Paul
a Une hémorragie continuelle.
PROSE: DISCOURS. 149
Dans les pays, on ne compte que les villes; dans les villes, que les tours, les temples et les palais ; dans les maisons, que leurs maîtres. Dans le peuple, on ne compte que les corps de métiers, et dans ceux-ci, que les chefs. Entre toutes les saisons, on chérit le printemps. Le voyageur regarde avec étonnement les larges routes, les fleuves, les montagnes, et ce que la foule admire est chanté par les aimables poètes. Jean-Paul n’était pas le flatteur de la multitude, l’esclave de l’habitude. A travers d’étroits sentiers couverts de broussail-
les, il cherchait le hameau dédaigné. Dans le peuple, il comptait les hommes, dans les villes les toits, et sous chaque toit chaque cœur. Toutes les saisons fleurissaient pour lui, toutes lui portaient des fruits. N’eùt-il à sa misérable lyre qu’une corde tremblotante, le poète, même le plus chétif, a chanté les jours de fête du premier amour. Jean-Paul veille sur cette flamme sainte jusqu’à ce qu’elle s’éteigne avec la mort. A chaque heureux hymen qui se renouvelle, il est le prêtre qui associe encore une fois les vieux cœurs, qui réunit une dernière fois les mains tremblantes avant que la mort les sépare. A travers le brouillard, la tempête, les ruisseaux glacés, il pénètre dans la maisonnette couverte de neige du maître d’école du village, pour partager avec ses enfants les joies de la nuit de Noël '. Il chante à pleine voix les royales délices que l’on goûte dans les îles enchantées du lac Majeur; mais ses accents deviennent plus doux et plus pénétrants quand il s’agit de peindre le bonheur modeste et restreint d’un prêtre-jubilaire* allemand ou les joies d’un pasteur suédois 5 .
Le poète n’a pas seulement pour mission de consoler les affligés, de rafraîchir comme une rosée céleste les âmes alté-
\ . En Allemagne, c’est à la Noël et non au jour de l’an que se font les cadeaux d’étrenne.
2. On nomme .juticijeniot le pasteur qui a rempli ses fonctions pendant cinquante ans.