‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 78 sur 249 · Allusions à des ouvrages de Jean-Paul · texte numérisé non relu

Allusions à des ouvrages de Jean-Paul

rées ; il doit aussi être le juge de l’humanité, il doit être la foudre et la tempête qui puriBent la terre des miasmes et des immondices. Courroucé, Jean-Paul était un Jupiter tonnant, c’était un fouet sanglant lorsqu'il punissait; quand il raillait, il avait de bonnes dents. Celui qui avait à redouter ses sarcasmes n’avait qu’à fuir. Nul n’était assez impudent pour le narguer quand il le trouvait sur son chemin. Si le géant Vanité avait la hardiesse de lui tenir tète, sa fronde l’atteignait à coup sûr; la dissimulation se cachait-elle en rampant, dans sa caverne la plus obscure, il y appliquait le feu, et le trompeur asphyxié était obligé de se livrer lui-môme. Son arme était bonne, son œil meilleur, sa main était sûre. Ce n’était pas le butin de la chasse qu’il convoitait; dans une louable intention, il voulait seulement protéger contre les dévastations les campagnes des citoyens et le champ du villageois. Nous pourrions parler de la plume de maint oiseau de proie, de la ramure et de la griffe de mainte bête fauve, trophées de sa victoire; mais ne nous laissons pas entraîner à raconter des anecdotes de chasse dans ce bon temps où décrocher son fusil de la muraille est considéré comme un délit et puni comme tel.

L’admiration loue, l’amour est muet. Nous ne voulons pas louer Jean-Paul, mais le pleurer. Le convive friand oublie l’hôte pour le repas ; l’amateur des arts, dépourvu d’entrailles, jouit de l’œuvre sans songer à l’artiste. Sans doute, on considère et on loue comme reconnaissant celui qui parle du bienfait qu’il a reçu ; mais le suprême degré de la reconnaissance, c’est d’oublier le bienfait pour ne se souvenir que du bienfaiteur. Ainsi, nous ne voulons songer avec amour qu’à l’homme éminent que nous avons perdu, et non aux ouvrages par lesquels il a mérité notre admiration ; et lors même que nous voudrions faire autrement, nous ne le pourrions pas. On peut compter les ouvrages de Jean-Paul, mais non les apprécier à leur juste valeur. Les trésors qu’il nous a laissés ne sont pas de l’or monnayé qu’il suffit de mettre en rouleaux ;

PROSE: DISCOURS

nous y trouvons des lingots d’or et d’argent, des pierres précieuses sans monture, des médailles que l’épicier ne veut pas recevoir en payement, des tas de froment que la meule n’a pas touchés, et quantité de champs dans lesquels moissonnera la postérité la plus reculée. Toutes ces richesses ont donné naissance à de bien pauvres jugements. L’abondance a été taxée d’excès, la libéralité de prodigalité. Comme il possédait de l’or autant que d’autres de l’étain, et qu’il mangeait et buvait journellement dans de la vaisselle d'or, on l’a accusé d’ostentation. Mais si Jean-Paul a péché en cela, à qui la faute ? Lorsqu’une famille hérite de richesses accumulées par plusieurs générations, l’habitude enseigne à jouir avec mesure ; l'abondance est réglée, tout est mis à la place convenable, et la splendeur est adoucie par le voile du goût; mais le pauvre surpris par la fortune, qui voit comme par magie ses murailles nues couvertes de glaces splendides, et ses tonneaux vides remplis par le dieu du vin, ce pauvre enrichi court, hors de sens, de chambre en chambre, s’enivre à la coupe des voluptés, sème étourdiment à pleines mains, et éblouit parce qu’il est ébloui lui-méme. Jean-Paul était un parvenu de cette espèce ; il n’avait rien hérité de son peuple. Le ciel lui accorda ses faveurs, dans un jour de belle humeur ; la fortune secoua sur lui sa corne d’abondance, et le couvrit de fleurs et de fruits ; la terre lui prodigua ses trésors cachés. Toutes ces richesses, il les vit et prit plaisir à les montrer; mais ce qui provoque les sourires railleurs des contemporains envieux fera la joie des héritiers. L’or est toujours de l’or, même dans le minerai, où peu de personnes savent le reconnaître, et la monture des pierres précieuses augmente leur prix et non leur valeur réelle.

Voilà ce qu’était Jean-Paul I Demandez-vous où il est né, où il a vécu, où sa cendre repose? Il est venu du ciel, il a habité sur la terre, notre cœur est son tombeau. Voudriezvous connaître les jours de son enfance, les rêves de sa jeunesse, les années de son âge mûr ? interrogez le jeune enfant

Gustave, l'adolescent Albono et le bravtj Sehoppe *. Vous informez-vous de ses espérances? vous les trouverez dans la Vallée de Campan *. Il n’est pas de héros, pas de poëte qui ait donné sur sa vie des renseignements aussi fidèles que l’a fait Jean-Paul. L’esprit s’est envolé, la parole est restée; il est retourné dans sa patrie, et, quel que soit le ciel dans lequel il chemine, quelle que soit l’étoile qu’il habite, dans sa glorification, il n’oubliera pas la terre qu’il a aimée, les hommes qu’il a chéris et qui, avec lui, ont joué, pleuré, aimé et souffert comme lui.

Bœrnc.

ORAISON FUNÈBRE DE GOETHE (prononcée le 26 mars 1832).

Ainsi donc, avec l’homme éminent dont ce cercueil renferme la dépouille mortelle *, s’évanouit le dernier souvenir visible d’une époque qui a, dans les annales de notre cité et de notre patrie, toute l’importance d’un événement humanitaire..... disparaît le dernier de ces grands génies qui, par l’influence multiple qu’ils ont exercée sur le développement et la direction des intelligences, ont décoré d’une brillante auréole le gouvernement glorieux d’une mère du pays déjà depuis longtemps rendue à la poussière, mais encore vivante dans les souvenirs, ainsi que celui de son fils, royal par le cœur autant que par la naissance 4 .

Le douloureux serrement de cœur que nôus éprouvons glt dans la nature même de l’événement qui nous rassemble “. La clôture définitive d’un état de choses qui, même en sup-

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