‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 79 sur 249 · Dans la nature de la chose · texte numérisé non relu

Dans la nature de la chose

PROSE: DISCOURS

posant les circonstances les plus favorables, ne se reproduira jamais avec sa physionomie caractéristique, frappe déjà vivement notre cœur et nous fait sentir, jusque dans ses profondeurs les plus secrètes, la caducité de notre propre existence au sein des continuelles vicissitudes des choses terrestres qui fuient devant nous, emportées sur les ailes du temps.

Mais cette impression devient encore plus douloureuse, si nous pensons à la grandeur de l’homme de génie qui était jusqu’à ce moment le seul lien extérieur entre un beau passé et le temps présent ; si nous songeons à ces lois nécessaires en vertu desquelles lui aussi, avec toute sa gloire, ne fut parmi nous qu’un phénomène passager. Qu’y aura-t-il donc de stable sur la terre, demandons-nous en gémissant, si le noble, le parfait, que le Père dès esprits avait appelé à l’existence, appartient à la poussière quand son temps est venu, comme ce qu’il y a de plus bas et de plus vulgaire, et si même, après une vie dont la durée a passé les bornes ordinaires, il trouve enfin le terme infranchissable qui lui a été assigné? Qu’est-ce qui peut compter ici-bas sur une existence durable, si, en vertu des lois immuables qu’elle a elle-même posées, la main qui crée tout brise le vase 1 dans lequel elle avait renfermé cette plénitude de dons spirituels par lesquels se manifeste à nous, mortels, l’image radieuse de la divinité?

La seule chose qui puisse nous donner repos et consolation, c’est que l’esprit continue à vivre sur la terre lorsque se dissout la matière qui lui servait de vêtement, et que la puissance créatrice d’un génie si élevé au-dessus des autres hommes reste immortelle, même sur le théâtre de l’uni verselle caducité.

C’est pour cela, ô noble défunt! que nous mettons une mesure et un terme à la douleur dont tu remplis notre âme ;

Page 1