‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 81 sur 249 · Le faconneur spirituel · texte numérisé non relu

Le faconneur spirituel

PROSE: DISCOURS

mais de millions d’hommes; celui qui, comme toi, enfin, prenant congé de la vie dans l’âge le plus avancé, reçoit le tribut des larmes amères, de la douleur profonde, non-seulement de ses enfants, de ses neveux, de ses amis intimes,, mais d’un couple princier qui voit avec affliction disparaître l’ornement accoutumé de son illustre maison, ohl celui-là peut se rendre à lui-même témoignage et dire : Qui plus que moi fut digne d’envie? Celui-là peut, même dans une sphère plus élevée, se réjouir du beau songe terrestre qui passa devant lui.

Eh bien ! poursuis dans ces sphères supérieures la carrière nouvelle qui s’ouvrit à ton regard glorifié, et apaise dans la contemplation plus immédiate des mondes resplendissants qui t’entourent aujourd’hui, ta soif ardente de savoir. Affranchi des entraves du corps, avance d’un pas ferme dans le sentier de la sagesse que tu cherchais ici-bas, et dont on ne peut trouver la perfection et le but que dans l’esprit éternel en qui nous croyons ! Ce qui était terrestre en toi, nous le rendons à la terre, et en même temps que cette enveloppe matérielle, sous laquelle tu as vécu parmi nous, nous ensevelissons les faiblesses et les imperfections humaines par lesquelles tu as payé pour ta part la dette de la nature. « Si l’homme, disais-tu toi-même un jour, si l’homme réfléchit à son état physique et moral, ordinairement il se trouve malade. Nous avons tous la maladie de la vie. Excepté Dieu, qui peut nous demander compte ? Les morts doivent être à l’abri du blâme; les survivants ont à s'occuper, non des fautes qu’ils peuvent avoir commises ou tolérées, mais du bien qu’ils ont fait. On reconnaît l’homme à ses fautes, l’individu à ses qualités. Les défauts sont communs à tous ; les vertus appartiennent à chacun en particulier. »

Ramenés par tes propres paroles au Dieu juste êt saint devant lequel tu viens de comparaître pour rendre compte des grands talents qui t’avaient été confiés, et nous souvenant de la sentence sévère de notre divin Maître : « On exigera beau-

coup de celui à qui il a été beaucoup donné, » nous recommandons ton âme à la miséricorde et à la grâce de Celui dont nous attendons toute miséricorde et toute grâce, et nous disons sur ta cendre : Notre Père, qui êtes aux cieux, etc.

Rœkr.

prose: lettres.

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