I.a main plus libre
6. Avec mon Histoire de l'Art, il va ainsi que je suis obligé do traduire celle-ci du plus grossier (Gevm.), et je ferai revoir ensuite ce ira- . vail par plus d’une personne.
J. DE MULLER A GLEIM.
Gæltingue, 26 août <771.
Très-noble et excellent ami , il y a des années que j’ai lu vos chansons et chéri le poëte ; mais les sentiments avec lesquels je les lis aujourd’hui et pense à Gleim, depuis que je l'ai embrassé, sont très-différents de ceux d’autrefois et ne sont pas les mêmes que j’éprouve quand je lis et aime mon Horace et mon Anacréon. Vénérable poète de la tendresse et de l’amitié, ce sont vos témoignages de sympathie qui vous ont attiré cette lettre et qui font que, malgré tous les usages reçus, j’ose vous nommer mon ami. Me roidissant contre tous les scrupules que j’aurais pu me faire, j’ai résolu de ne pas me donner de repos que Gleim et Jacobi n’aient reçu les témoignages de reconnaissance d’un jeune homme dans le cœur duquel ils ont éveillé tant de sentiments de douce vertu et de philanthropie, et qui s’est si bien familiarisé avec eux qti’ilose espérer ne pas rester en arrière. Ma hardiesse est excusable, n’est-ce pas? Elle l'est du moins pour vous, cher ami! Votre cœur parle pour moi, et c’est à votro cœur que j’en appelle delà sentence de la mode et d’une politesse affectée.
A quoi puis-je vous être bon dans ma vie ?
Dans une lettre qui a dû s’égarer, je suppliais Jacobi, au nom do toutes les Grâces, de vouloir bien me le dire. Si je ne l’apprends pas, il me sera impossible de mériter votre amitié, et, ne pas être lié d’amitié avec un des plus nobles caractères qui se puissent voir, serait pour moi un véritable tourment.
J’estime un bon et digne homme de la vieille roche, et lui donne même le nom d’ami ; mais ces qualités ne suffisent pas pour constituer un ami intime. Il lui faut encore que, par un esprit élevé, une intelligence supérieure, il se distingue du vulgaire dans le peuple et l’aristocratie. Que la vie est misérable, s’il n’est personne à qui on puisse confier les secrets
PROSE: LETTRES
de son cœur ! Pour moi, l’amitié est l’assaisonnement des joies, l’unique remède à ma douleur dans les jours de tristesse.
Aimez-moi comme je vous aime.
Muller.