‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 86 sur 249 · EXTRAIT D’UNE LETTRE DE HOELTY · texte numérisé non relu

EXTRAIT D’UNE LETTRE DE HOELTY

Gcettingue, avril 1774.

Je suis encore ici. Qui sait combien de temps durera la séparation, lorsque une fois je serai séparé de mes amis? Je veux, du moins, rester avec eux aussi longtemps qu’il me sera possible. Mon occupation principale sera la lecture des auteurs grecs et la poésie. Quelle douce pensée que celle de l’immortalité ! Qui ne supporterait avec joie toutes les misères de la vie, si l’immortalité en est la récompense? Ce sont des délices dont rien n’approche que de voir se succéder dans l’avenir une foule d’hommes qui nous aiment, regrettent de n avoir pas vécu de nos jours, et sont enflammés par nous de l’amour de la vertu.... Je voudrais passer quelques années dans une grande ville et fréquenter toute sorte de sociétés, pour étudier soigneusement les hommes. Je sens que j’ai besoin de cela, si je veux réussir dans la poésie. J’ai passé ma vie au milieu des livres.... Si je n’avais pas des frères et des sœurs qui auront besoin de mon appui après la mort de mon père, je ne m’inquiéterais pas le moins du monde d’obtenir un emploi ; mais je vivrais de traductions, et j’habiterais tantôt la ville et tantôt lacampaghe. A la ville, je recueillerais des connaissances sur les hommes; à la campagne, je composerais des poésies. Mon penchant pour la vie champêtre est si fort, que je me résignerais difficilement* à passer tout mon temps à la ville. Quand je pense à la campagne, le cœur me bat. Une chaumière, un bois, une prairie

t . Que je porterais cela difficilement sur le cœur (Uerm.).

avec un ruisseau d’argent, et une épouse dans ma chaumière, voilà tout ce que je désire sur cette terre. Je n’ai pas besoin de souhaiter des amis, j’en ai déjà. Leur amitié rassérénera mes heures sombres, et rendra mes heures de bonheur plus heureuses encore. Je lirai leurs lettres et leurs ouvrages près de ma source, dans ma forêt, et je me rappellerai les jours fortunés que je passai dans leur intimité.... Il me faut composer un plus grand nombre de ballades? Peut-être en ferai-je encore quelques-unes, mais très-peu. Ün faiseur de ballades méfait l’effet d'un arlequin ou d’un homme qui fait voir la pièce curieuse. Ma plus grande inclination est pour la pastorale et pour les poésies où domine une douce et rêveuse mélancolie. C’est à ce genre de composition que mon cœur prend le plus de part. Je vais faire usage de toutes mes forces; car je ne veux pas être poète, si je ne puis devenir un grand poète. Si je ne puis rien produire qui porte l’immortalité écrite sur le front, et qui puisse aller de pair avec les œuvres de mes amis, pas une syllabe de moi ne sera imprimée. Un poète médiocre est un être nul.

Hœltjr.

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