‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 87 sur 249 · JOSEPH II A UN AMI · texte numérisé non relu

JOSEPH II A UN AMI

Mon ami,

Vienne, octobre 4787 .

S’il y a eu jadis des Néron, un Denys qui outre-passa les bornes de son pouvoir; s’il a existé des tyrans qui abusèrent de la puissance que le sort avait mise entre leurs mains, est-il juste pour cela, que, sous prétexte de sauvegarder pour l’avenir les droits d’une nation, on suscite tous les obstacles possibles à un prince dont les institutions gouvernementales n’ont d’autre but que le bonheur 1 de ses sujets?

t. Le bien et le meilleur (Germ.).

PROSE: LETTRES

Dès le commencement de mon règne, j’ai toujours pris i cœur de vaincre les préjugés qui s’attachent à mon rang; je me suis efforcé de gagner la confiance de mes peuples; et, depuis mon avènement au trône, j’ai donné des preuves multipliées que le bien de mes sujets est chez moi une passion ; que, pour la satisfaire, je ne crains ni le travail, ni les fatigues, ni même les douleurs; et qu’enfin, je médite attentivement sur les moyens qui peuvent me rapprocher du but que je me suis proposé. Malgré cela, je trouve partout de la résistance aux réformes, et chez ceux-là même où je l’aurais le moins soupçonnée.

Comme monarque, je ne mérite pas la méfiance de mes sujets; comme souverain d’un grand empire, mes regards doivent embrasser toute l’étendue de mes États, et je ne peux pas toujours avoir égard aux vœux isolés des provinces exclusivement préoccupées de leurs intérêts particuliers'.

Le bien privé est une chimère. En le perdant d’un côté pour en faire le sacrifice à ma patrie, je puis, de l’autre, prendre part au bien public. — Mais combien en est-il qui pensent à cela? Si je n’étais moralement convaincu que je suis destiné par la Providence à porter mon diadème avec le lourd fardeau d’obligations qui y sont attachées, le sentiment qui se présenterait involontairement à mon âme, serait le déplaisir, le mécontentement de mon sort, le dégoût de la vie. Mais je connais mon cœur, je suis profondément convaincu delà loyauté de mes intentions, et j’espère que, lorsque je ne serai plus, la postérité recherchera, examinera et jngera avec plus d’équité, de justice et d'impartialité, ce que j’ai fait pour mon peuple.

Joseph.

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