GOETHE A W. DE HUMBOLDT
Weimar, le 17 mars 483Î.
Après une longue pause involontaire, je commence ainsi sans autre préambule Les animaux sont instruits par leurs organes, disaient les anciens ; il en est de même des hommes, ajouterai-je ; seulement, ces derniers ont la prérogative d’instruire aussi leurs organes.
Chaque manifestation de l’activité 2 et, par conséquent, chaque talent suppose quelque chose d’inné qui opère spontanément, et porte en soi, sans en avoir conscience, les dispositions nécessaires. Cependant, quoique ayant en elle-même sa loi, cette activité spontanée peut, dans son exercice, faire fausse route et manquer le but 5 . Plus l’homme s’aperçoit de bonne heure qu’il y a un art, une méthode 4 pour développer, en les régularisant, ses dispositions naturelles, et plus il est heureux. Ce qu’il a reçu du dehors ne nuit en rien à l’individualité que lui a donnée la nature. Le génie le plus élevé est celui qui, recevant tout, sachant tout s’assimiler, ne cause cependant pas le moindre préjudice à cette détermination essentielle et spéciale qu’on nomme caractère, mais lui donne encore plus de valeur on le perfectionnant 8 autant que possible.
Ici se présentent les relations multiples entre la conscience et l’instinct ®. Qu’on s’imagine un musicien de talent qui doit exécuter une partition importante ; la conscience et l’instinct seront, l’un par rapport à l’autre, tomme le billet et l’enveloppe, comparaison dont j’aime tant à me servir. Par l’exer-
t. Do l’étrier (Germ.),