V1 NOTICE BIOGRAPHIQUE
funeste. C'en était fait de la faveur royale, et Fénelon n'eut plus à opposer que ies consoiations de quelques amis fidèles et la conscience de sa vertu aux attaques d'ennemis habiles et puissants, à l'antipathie du roi, au naufrage de sa propre fortune, naufrage qui ne devait épargner que sa réputation, transmise sans tache à ^'admiration de la postérité.
Une querelle religieuse, célèbre sous le nom de quiéiisme, divisa Bossuet et Fénelon, et causa la perte de ce dernier. Il s'agissait de rêveries et d'exagérations mystiques au sujet de la grâce divine et du pur amour de Dieu. La cause première vint d'une femme pieuse et folle i, Mme Guyon , d'abord persécutée, arrêtée, puis relâchée, iccueillie, protégée par les ducs de Chevreuse et de Beauviliiers, et par Mme de Maintenon elle-même, sur qui elle exerçait les séductions irrésistibles de la vertu unie à une éloquence persuasive. Elle plut aussi naturellement à l'imagination vive et tendrede Fénelon, tandis que la raison sévèrP .et rigoureuse deBossuets'alarma de ces vaines subtilités. Mma Guyon ;ut arrêtée de nouveau, et Fénelon sollicité de condamner lui-même cette hérésie. Peutître aurait-il abandonné des opinions suspectes, quoiqu'elles lui fussent chères; mais il ne voulut pas trahir une femme malheureuse et dont il avait partagé les erreurs. L'apparition d'un livre fameux, les Maximes des Saints sur la vie intérieure (1697), acheva ce que son refus avait commencé. On y vit une défense indirecte du quiétisme, et il eut contre lui tous les ennemis secrets de sa fortune. Bossuet dénonça le livre au roi, et exigea de son auteur un désaveu solennel. Fénelon en appela au jugement du Saint-Siège ; une polémique éloquente, kvorisée par les lenteurs du pape, qui n'osait condamner un prélat illustre, s'engagea entre les deux grands hommes. Les attaques et les réponses se multiplièrent avec un égal talent, et plus tard Bossuet, comparant les mauvaises nuits que Turenne fit passer au roi d'Espa-
« Pisute et folle M. Viïlemain, Notice $ur Fénelon.
SIU FENLLOiN. XVI»
gne, aux longues veilles que iui coûtait la réfutation des apologies de Fénelon, avouait, qu'un jour de travail de son adversaire le condamnait lui-même à plusieurs semaines d'étude. Enfin la censure de la cour de Rome, adoucie par les délais et par les formes, termina cette déplorable querelle, où Fénelon n'avait tout au plus d'autre tort que l'exagération de l'amour de Dieu.
Sur son refus de se soumettre, Fénelon abandonné par Mme de Maintenon et pleuré de son élève, avait reçu l'ordre de quitter la cour et s'était retiré dans son diocèse. Il se hâta d'obéir au bref du pape, si longtemps suspendu, et désavoua lui-même son livre dans un mandement d'une simplicité touchante'. Si sa disgrâce, n'avait pas été irrévocable, et que cette soumission modeste et l'exercice de toutes les vertus épiscopales eussent pu fléchir la colère du roi, un nouveau fait aurait sulfi pour la rendre à jamais implacable. Le Télémaque , composé quelques années auparavant pour l'instruction du duc de Bourgogne, fut livré au public par un secrétaire infidèle (1699). La malignité s'en empara pour le travestir en satire du règne de Louis XIV. Supprimé en France, il fut reproduit à l'étranger et accueilli avec avidité par l'Europe jalouse du grand roi.
Ce prince, on le sait, n'avait .iamais aimé Fénei^n : l'éblouissante facilité de son élocution lui déplaisait, à lui jaloux de toutes les gloires; il ne comprenait pas, uu il craignait l'austérité de ses principes politiques, et l'épithète de bel esprit chimérique avait exprimé ce dou-
1 D'une simplicité touchante... « Nous adhérons à ce bref, disait-il, mes trés-chers frères, simplement, absolument, el sans ombre de restriction... Nous nous consolerons de ce qui nous humilie, pourvu que le ministère delà parole que nous avons reçu du Seigneur pour votre sanctification, n'en soil point affaibli... C'est donc de tout notre cœur que nous vous exhortons à une soumission sincère et à une docilité sans réserve, oe peur qu'on n'altère insensiblement la simplicité de l'okéissance pour le Saint-Siège, dont nous voulons, moyennant la grâce de Dtcu, >nus donner l'exemple jusqu'au dernier soupir de notre vie. »