‹ Morceaux choisisChapitre 105 sur 164 · LE SAINT MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LE SAINT MISSIONNAIRE

Empire de la Chine, lu ne pourras fermer tes portes1. Déjà un saint pontife2, marchant sur les traces de rYançûis-Xax ier3, a béni cette terre par ses derniers soupirs. iNous Pavons vu, cet homme simple et magnanime, qui revenait tranquillement de faire le tour entier du glolie terrestre. Nous avons vu cette vieillesse prématurée et si touchante, ce corps vénérable, courbé, non sous le poids des années, mais sous celui de ses pénitences et de ses travaux', et il semblait nous dire à nous tous, au milieu desquels il passait sa vie, à nous tous qui ne pouvions nous rassasier de le voir, de

orientale

L'empire de la Chine. Vaste et puissant Etat de l'Asie ..v.nlale. Tu ne pourras fermer tes portes. Allusion aux difficultés que co peuple défiant et attaché à ses coutumes oppose à l'entrée de toute civilisation étrangère.

2 M. Fallu, évéque dlléliopolis, et vicaire apostolique du Ton-King. Il mourut en Chine, en 1685.

3 François Xavier, religieux de l'ordre des Jésuites, surnommé l'Apôtre des Indes, mort en 1552.

l'entendre, de le bénir, de goûter Ponction et de sentir la bonne odeur de Jésus-Christ1 qui était en -ui; il semblait nous dire : Maintenant me voilà, je sais que vous ne verrez puis ma face5. Nous l'avons vu qui venait de mesurer la terre3 entière;. mais son cœur, plus grand que le monde, était encore dans ces régions si éloignées. L'esprit rappelait à la Chine; et l'Evangile, qu'il devait à ce vaste empire, était comme un feu dévorant au fond de ses entrailles, qu'il ne pouvait plus retenir4.

Allez donc, saint vieillard, traversez encore une fois l'Océan étonné et soumis; allez au nom de Dieu. Vous verrez la terre promise; il vous sera donné d'y entrer, parce que vous avez espéré contre L'espérance même3. La tempête, qui devait causer le naufrage, vous jettera sur le rivage désiré. Pendant huit mois votre voix mourante fera retentir les bords de la Chine du nom de Jésus-Christ. 0 mort précipitée6! ô* vie pré-

1 Goûter l'onction et sentir la bonne odeur de Jésus- Christ. Métaphores du langage mystique de la religion.

2 Vous ne verrez plus ma face. Evang. selon saint Jean.

3 De mesurer la terre. C'est-à-dire la parcourir, expression toute latine : emetiri.

'■* Au fond de ses entrailles, qu'il ne pouvait plus retenir comme un feu dévorant. Cette construction, qui éloigne le relatif de son antécédent, est particulière aux écrivains du dix-septième siècle.

3 Contre l'espérance même. Le mol espérance est pris ici dans un sens elliptique: là où il n'y avait pas lieu d'espérer. — Allusion à Moïse, législateur des Hébreux, qui mourut en vue de la terre promise, où il lui était interdit d'entrer, parce qu'il n'avait pas eu foi dans la parole de Dieu.

6 O mort précipitée! etc. Rapprochez ces exclamations de celle qu'arrache à Bossuet la mort soudaine de la duchesse d'Orléans. Ces dernière-* ont l'avantage de répondre à une

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cieuse, qui devait durer pins longtemps ! ô douces espérances tristement enlevées ! Mais adorons Dieu, taisons-nous1. (Sermon pour la fête de ï Epiphanie.)

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