‹ Morceaux choisisChapitre 106 sur 164 · JÉSUS-CHRIST A SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST A SES DISCIPLES

Il leur prédit avec sa mort celle que Dieu leur a réservée. Ils vous feront, dit-il, toutes sortes de calomnies et d'outrages2 à cause de mon nom9. Vous serez odieux à toute la terre ; ils croiront faire un sacrifice à Dieu en vous égorgeant. Voici ce qu'il ajoute, pour relever le courage des siens : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps. Hé ! que faut-il donc craindre, o Sauveur? Quoi, les maîtres de l'univers, qui d'une seule parole ou d'un seul regard font trembler le reste des bommes; ces princes, qui, au-dehors parleurs armées, et au-dedans par leurs édits, portent partout à leur gré ou la mort ou la vie, ne méritent-ils pas d'être craints? Non, non ; ils ne sont redoutables qu'autant qu'ils tiennent le glaive de Dieu contre les méchants; et c'est Dieu seul qu'il faut craindre en eux. Hors de là, leur puissance n'est

douleur générale et de porter sur un coup véritablement foudroyant.

1 Taisons-rwus. C'est-à-dire soumettons-nous sans murmurer à la volonté de Dieu.

2 De calomnies et d'oulrnget. Le verbe ■•. a mieux, quant à l'usage, avec le second qu'avec le premier subsiaDlif, mais les deux régimes sont entraînés l'un par l'autre.

3 A cause de mon nom. Matth.. cap. xxiv, v. 9; Jo.*., cap xvi, v. 2.

que faiblesse, leurs coups ne portent que sur le corps ' déjà condamné à la corruption ; ils ne peuvent détruire que ce qui se détruit de soimême; ils ne peuvent qu'écraser ce qui n'est que cendre ; ils ne peuvent que prévenir de peu de jours une mort qui confondra bientôt la cendre des persécuteurs avec celle du persécuté. Quand ils ont tué le corps, qui de lui-même tombait déjà en ruine, leur force est épuisée, ils ne peuvent plus rien : car pour l'âme du juste persécuté, s/le est dans la main de Dieu, asile inaccessible à !a fureur humaine : et le tourment de la mort ne la touche point 2. Oh ! qu'ils sont faibles, ces hommes, dont la puissance épouvante tout le genre humain, et qui en sont misérablement éblouis eux-mêmes ! Gardez-vous bien, ô mes disciples, gardez-vous bien de les craindre jamais. Je vous montrerai celui qu'il faut craindre ; réservez toute votre crainte pour celui qui peut non-seulement briser comme eux ce corps de terre, mais encore donner à l'âme la mort éternelle. Qi\° la juste crainte du Dieu tout-puissant étouffe en nous, mes Frères, cette crainte lâche des hommes qui ne peuvent rien. (Sermon pour la fête d'un martyr.)

1 Que sur le corps. Saint Matthieu, ch. x, v. 28.

2 Ne la touche point. Tout ce développement résume de la manière la plus complète et la plus forte les idées communes à la religion chrétienne et à la philosophie païenne. C'est le langage que Platon prête à Socrate dans le Phèdons etc. ; celui que tient Cicéron dans ses Tusculanes.

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i09. LES PERSÉCUTIONS.

Dieu a trouvé dans ses profonds conseils qu'il est meilleur de permettre que les maux arrivent, pour les changer en biens, que de ne les permettre jamais. Et en effet, qu'y a-t-il de plus divin que de commander au mal môme, et de le rendre bon? comment le fait-il, mes Frères? dit saint Augustin. C'est qu'il donne à l'iniquité le cours qu'il lui plaît, selon ses desseins. 11 ne fait pas l'iniquité : mais en la laissant échapper d'un côté plutôt que d'un autre, il la règle, il la domine, il la fait entrer dans l'ordre de sa providence. Ainsi il laisse la fureur s'allumer dans le cœur des princes païens: force leur est donnée contre les sacrifices, et ils affligent l les saints du Très-Haut. Mais ne craignez rien ; la persécution ne peut être que bonne dans la main de Dieu. Le sang des martyrs sera une semence féconde pour multiplier les chrétiens. Le vaisseau sera agité par une cruelle tempête, mais les vagues ne pourront l'engloutir. L'Eglise s'étendra sur les nations jusqu'aux extrémités de l'univers, pendant même qu'elle répandra tant de sang. Quand, après trois cents ans de persécution, elle aura lassé les persécuteurs, et montré qu'elle est indépendante de toutes les puissances humaines, alors elle daignera recevoir à ses pieds les Césars pour les soumettre à Jésus- Christ. Cependant ceux qui s'imaginent renverser le vrai Dieu, c'est par lui qu'ils sont soutenus;

» 11$ affligent. Dans toute la force du latin affligere, abattre.

c'est lui qui se joue de tous leurs projets, et qui fait servir leur rébellion même à l'accomplissement des siens. Par la persécution, il prépare à la vraie religion des témoins1, mais des témoins qui en scelleront2 la vérité de leur propre sang. Par la persécution, il prépare aux persécutés l'expiation de leurs fautes passées, car leur sang lave tout. Quelle autorité pour la religion, lorsque ceux qui l'ont embrassée ne craignent point de mourir pour elle ! Enfin le même coup qui brise la paille, comme remarque saint Augustin, sépare le pur grain que Dieu a choisi. (Sermon pour la fête d'un martyr.)

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