‹ Morceaux choisisChapitre 107 sur 164 · l'église triomphe de toutes les persécutions · texte numérisé non relu

l'église triomphe de toutes les persécutions

Jetons les yeux sur l'Eglise, c'est-à-dire sui cette société visible3 des enfants de Dieu, qui a été conservée dans tous les temps : c'est le royaume qui n'aura point de fin. Toutes les autres puissances s'élèvent et tombent; après avoir étonné le monde, elles disparaissent. L'Eglise seule, malgré les tempêtes du dehors et les scandales du dedans, demeure immortelle. Pour vaincre, elle

1 Des témoins. C'est là le sens du mot martyr, /j-xprùp. Voy. Divinité de Jésus-Christ, page 568, note 1.

2 Scelleront. Expression métaphorique qui compère le sang des martyrs à un sceau apposé à la religion ; elle est passée dans le langage usuel.

3 Celte société visible. C'est le sens du mot è/./.ln^ix déjà expliqué. Voy, Nécessité du culte extérieur, p. 345, n. 2. Par extension il désigne le lieu où se réunit cette société.

ne sait que souffrir; et elle n'a pas d'autres armes que la croix de son époux1.

Considérons cette société sous Moïse : Pharaon8 la veut opprimer; les ténèbres deviennent palpables en Egypte3; la terre s'y couvre d'insectes, la mer s'entr'ouvre, ses eaux suspendues s'élèvent comme deux murs; tout un peuple traverse l'abîme à pied sec; un pain descendu du ciel le nourrit au désert; l'homme parle à la pierre4, et elle donne des torrents : tout est miracle pendant quarante années, pour délivrer l'Eglise captive.

Hâtons-nous8; passons auxMachabées6: les rois de Syrie persécutent l'Eglise; elle ne peut se résoudre à renouveler une alliance avec Rome et avec Sparte, sans déclarer en esprit de foi qu'elle ne s'appuie que sur les promesses de son époux. « Nous n'avons, disait Jonathas, aucun besoin de tous ces secours, ayant pour consolation les saints livres qui sont dans nos mains7. » Et en effet, de

1 La croix de son époux. Voy. Conversion des peuples au christianisme, page 509, note 5.

2 Pharaon, nom qui désignait les rois d'Egypte, et que la Bible applique surtout à dix d'entre eux.

3 En Egypte. Le peuple fut frappé de dix plaies (fléaux) différentes, jusqu'à ce que son roi consentît à laisser sortir d'Egypte les Hébreux.

4 Parle à la pierre. Moïse fit jaillir une source d'un rocher en le frappant de sa baguette.

!j Hâtons-nous. Sorte de transition qui convient à ce résumé rapide de l'histoire de l'Eglise.

6 Aux Machabées. C'est le nom d'une famille de célèbres guerriers juifs, Mathatias et ses cinq fils, Judas, Simon, Jonathas, Jean et Eléazar, qui, dans le milieu du second siècle avant J.-C, défendirent l'indépendance de la Judée contre la tyrannie d'Anliochus roi de Syrie.

7 Dans nos mains. Livre des Machabées, 1. /, c. ni, v. 9.

quoi l'Eglise a-t-elle besoin ici-bas? il ne lui faut que la grâce de son époux, pour lui enfanter des élus ; leur sang même est une semence qui les multiplie. Pourquoi mendierait-elle1 un secours humain, elle qui se contente d'obéir, de souffrir, de mourir; son règne, qui est celui de son époux, n'étant point de ce monde, et tous ses biens étant au-delà "de cette vie?

Mais tournons nos regards vers l'Eglise, que Home païenne, cette Babylone* enivrée du sang des martyrs, s'efforce de détruire. L'Eglise demeure libre dans les chaînes, et invincible au milieu des tourments. Dieu laisse ruisseler pendant trois cents ans3 le sang de ses enfants bienaimés. Pourquoi croyez-vous qu'il le fasse? C'est pour convaincre le monde entier, par une si longue et si terrible expérience, que l'Eglise, comme suspenuue entre le ciel et la terre, n'a besoin que de la main invisible dont elle est soutenue. Jamais elle ne fut si libre, si forte, si florissante, si féconde.

Que sont devenus ces Romains qui la persécutaient? Ce peuple, qui se vantait d'être le peuple- Les livres des Machabées font partie de l'Ancien Testament. Voy. La loi de Moïse, page 559, noie 5.

1 Mendier. Expression hyperbolique. Faire une demande indigne d'elle,

2 Cette Babylone. Comme les Assyriens furent pour les Juifs des ennemis et des persécuteurs, l'Eglise flétrit du nom de Babylone Rome païenne ;plus tard les protestants l'appliquèrent même dans leur langage biblique, à Rome, siège du Catholicisme.

3 Pendant trois cents ans. Les persécutions que les Romains firent éprouver à l'Eglise commencèrent sous Néron, l'an 64 après J -C, et durèrent jusqu'à Dioclétien, en 312. Çlles furent au nombre de dix.

roi, a été livré aux nations barbares; l'empire éternel1 est tombé; Rome est ensevelie dans ses ruines avec les faux dieux; il n'en reste plus de mémoire que par une autre Rome sortie de ses cendres, qui, étant pure et sainte, est devenue à jamais le centre du royaume de Jésus-Christ. (Discours pour le sacre de l'Électeur de Cologne.)

Page 1