QUELLES SONT LES ARMES DE L'ÉGLISE
Comment est-ce que l'Église a vaincu cette Rome victorieuse de l'univers2? Écoutons l'apôtre8: «Ce qui est folie en Dieu est plus sage « que les hommes; ce qui est faible en Dieu est « plus fort qu'eux. Voyez, mes frères, votre voca- <jc tion ; car il n'y a point parmi vous beaucoup te de sages selon la chair, ni beaucoup d'hommes « puissants, ni beaucoup de nobles; mais Dieu « d choisi ce qui est insensé selon le monde pour if. confondre les sages, et il a choisi ce qui est e faible dans le monde pour confondre ce qui est
1 Le peuple-roi, V empire éternel. L'orgueil des Romains ne prétendait à rien moins qu'à ces titres.
Tu regere imperio populos, Romane, mémento. .... Imperium sine fine dedi.
Virgile, Éneide, vi, v. 850. —I, v. 279.
* A vaincu celte Rome victorieuse de l'univers. Cette antithèse donne la mesure de la grandeur du triomphe de TEglise.
8 Ecoutons l'apôtre. — Saint Paul, surnommé l'apôtre des Gentils, d'abord persécuteur, puis propagateur ardent du christianisme naissant, pour leuuel il mourut décapité à Rome, l'an ka.
<c fort ; il a choisi ce qui est bas et méprisable, « et même ce qui n'est pas, pour détruire ce te qui est, afin que nulle chair ne se glorifie « devant lui 1 ». Qu'on ne nous vante donc plus une sagesse convaincue de folie; qu'on ne nous parle plus que de la folie de la croix *. La jalousie 3 de Dieu allait jusqu'à sembler exclure de l'Église, pendant ces siècles d'épreuves, tout ce qui aurait paru un secours humain; Dieu, impénétrable dans ses conseils, voulait renverser tout ordre naturel. De là vient que TertuIIien * a paru douter si les Césars pouvaient devenir chrétiens*. Combien coûta-t-il de sang et de tourments aux fidèles pour montrer que l'Église ne tient à rien ici-bas ! « Elle ne possède pour ellemême, dit saint Âmbroise 6, que sa seule foi 7. » C'est cette foi qui vainquit le monde.
Après ce spectacle de trois cents ans, Dieu se souvint enfin de ses anciennes promesses; il daigna faire aux maîtres du monde la grâce de les admettre aux pieds de son épouse; ils en devin-
1 Devant lui. Saint Paul, épître première aux Corinthiens,
Cil. Ier.
2 De lu folie de la croix. Ironie : Cette folie, qui est la véritable sagesse.
3 La jalousie de Dieu. Dieu, jaloux de sa puissan.ce, ne •oulaiipas qu'elle parût aidée d'un secours humain.
* TertuIIien. Voyez le Christianisme, page 567, note 3.
s Devenir chrétiens. TertuIIien, Apolog., liv. vi, ch. 21.
6 Saint Âmbroise, père de l'Eglise latine, né vers l'an 540, célèbre par la pénitence qu'il imposa à l'empereur Théoclose, mourut vers l'an 400.
" Sa seule foi. Saint Ambroise, ép. 18 ad Valentinianum, concilium Simmachum, n° 16.
rent les nourricier j \ et il leur fut donné de baiser la poussière de ses pieds 2.
Fut-ce ce secours qui vint à propos pour soutenir l'Eglise ébranlée? Non; celui qui Tarait soutenue pendant trois siècles malgré les hommes, n'avait pas besoin de la faiblesse 3 des hommes déjà vaincus par elle pour la soutenir; mais ce fut un triomphe que l'époux voulut donner à l'épouse après tant de victoires ; ce fut, non une ressource pour l'Église, mais une grâce et une miséricorde pour les empereurs.
« Qu'y a-t-il, disait saint Ambroise, de plus « glorieux pour l'empereur que d'être nommé le « iils de l'Église * » (Discours pour le sacre de l'Electeur de Cologne).