‹ Morceaux choisisChapitre 109 sur 164 · l'église >-'aspire qu'au royaume des cieux · texte numérisé non relu

l'église >-'aspire qu'au royaume des cieux

L'Eglise n'a garde d'ébranler les royaumes de la terre, elle qui tient dans ses mains les clefs du royaume du ciel. Elle ne désire rien de tout ce qui peut être vu ; elle n'aspire qu'au royaume de

1 Les nourriciers. Ces expressions métaphoriques, empruntéesi,au langage de l'Ecrilure, n'offrent pas une harmonie bien juste.

2 La poussière de ses pieds. Isaïe, Ps. lx, v. 14.

3 De la faiblesse des hommes. Expression belle par sa justesse: d'abord, la prétendue force des hommes n'est que faiblesse devant Dieu, puis leur défaite accomplie la rend encore plus exacte dans la circonstance.

; Fil* de l'Eglise. Saint Ambroise, ép. 2i, in Sermonibua concilii Auxenlii, n° 36.

son époux, qui est le sien. Elle est pauvre, et jalouse du trésor de sa pauvreté; elle est paisible, et c'est elle qui demie, au nom de l'époux, une paix que le monde ne peut donner ni ôter; elle est patiente, et c'est par sa patience jusqu'à la mort de la croix qu'elle est invincible. Elle n'oublie jamais que son époux s'enfuit sur la montagne dès qu'on Voulut le faire roi ; elle se ressouvient qu'elle doit avoir en commun avec son époux la nudité dta la croix, puisqu'il est l'homme des douleurs, l'homme écrasé dans l'infirmité1, l'homme rassasié d'opprobres-. Elle ne veut qu'obéir; elle donne sans cesse l'exemple de la soumission3 et du zèle pour l'autorité légitime ; elle verserait tout son sang pour la soutenir. Ce serait pour elle un second martyre, après celui qu'elle a enduré pour la foi. Princes, elle vous aime; elle prie nuit et jour pour vous; vous n'avez point de ressource plus assurée que sa fidélité. Outre qu'elle attire sur vos personnes et sur vos peuples les célestes bénédictions, elle inspire à vos peuples une affection à toute épreuve pour vos personnes, qui sont les images de Dieu ici-bas. (Discours pour le sacre de l'Electeur de Cologne).

i Dans l'infirmité, lsaïe, ch. lui, v. 3, 10.

* D'opprobres. Jérémie, Lamentations, c. m, y. 50.

8 L'exemple de la soumission, etc. C'est le précepte que Jésus-Christ donne lui-même dans l'Evangile : Obtulerunt si denarium : Et ait illis Jésus. Cujus est imago haec et superscriptio? Dicunt ei : a Caesaris! Tune ait illis : Reddite ergo quae sunt Caesaris, Caesari, et quae sunt Dei, Deo. » Evangile selon saint Matthieu.

115. l'abnégation de soi-même, commune a la philosophie païenne et a la religion chrétienne.

L'idée du parfait desintéressement régnait dans la politique de tons les anciens législateurs; il fallait préférer à soi les lois, la patrie, parce que la justice le voulait, et qu'on devait préférer à soi-même ce qui est appelé le beau, le bon, le juste, le parfait. C'est cet ordre auquel on croyait ievoir rapporter tout, et soi-même autant crue tout le reste. Il ne s'agissait pas de se rendre heureux en se conformant à cet ordre. Il fallait au contraire pour l'amour de cet ordre se dévouer, périr, et ne se laisser aucune ressource. C'est tinsi que Socrate, dans le Criton ■ de Platon, aime mieux mourir que s'enfuir, de peur de désobéir aux lois qui le retiennent en prison : c'est ainsi que le dialogue intitulé Corgias dépeint un homme qui s'accuse lui-même, et qui se dévoue à la mort plutôt que d'éluder par son silence les lois rigoureuses et l'autorité des magistrats. Tous les législateurs et tous les philosophes qui ont raisonné sur les lois ont supposé comme un principe fondamental de la société dans la patrie,' qu'il faut préférer le public à soi, 2 non par espé-

1 Socrate. Voy. La Philosophie impuissante à trouver le vrai Dieu, page 357, note 1. — Dans le Criton. Dialogue ainsi nommé de l'interlocuteur de Socrate, Criton. son disciple, qui tente inutilement de persuader à son maître de se dérober au supplice par la fuite.

2 Préférer le public à soi : c'est là un des principaux dogmes de la morale stoïcienne, la plus belle après celle

rance de quelque intérêt, mais par ie seul amour désintéressé de Tordre qui est la beauté, la justice et la vertu même. 1 C'était pour cette idée d'ordre et de justice qu'il fallait mourir, c'est-àdire, suivant les païens, perdre tout ce qu'on avait de réel, être réduit aune ombre vaine et ne savoir pas même si cette ombre n'était pas une fable ridicule des poètes. Les chrétiens refuseront-ils de donner autant au Dieu infiniment parfait qu'ils connaissent, que ces païens croyaient devoir donner à une idée abstraite et confuse de l'ordre, de la justice et de la vertu. (Divers Sentiments et Avis chrétiens.)

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