SUR LA PRIÈRE
Si nous n'avions qu'à demander les richesses pour les obtenir, quel empressement, quelle assiduité, quelle persévérance! Si nous n'avions qu'à chercher pour trouver un trésor, quelles terres ne remuerait-on point! S'il n'y avait qu'à heurter pour entrer dans le conseil des rois et dans les plus hautes charges, quels coups redoublés n'entendrait-on pas1! Mais que ne fait-on point pour trouver un faux bonheur ! Quels rebuts, quelles traverses 2 n'endurc-t-on pas pour un fantôme de gloire mondaine ! Quelles peines pour de misérables plaisirs, dent il ne reste que le remords! Le trésor des grâces est le seul vrai bien, et le seul qu'on ne daigne pas demander, le seul qu'on se rebute d'attendre.....
Vous me demandez la manière dont il faut
1 Quels coups redoublés n' en tendrai t-on pas 1 Ce dernier trait couronne énergiquement la période et l'énumération.
2 Traverses. Les obstacles qui viennent contrarier nos desseins, se mettre en travers sur notre cLemin. Celle figure ne va pas bien avec le mot endurer.
prier, et s'occuper de Dieu pour s'unir k lui et pour se soutenir contre ies tentations de la vie. Je sais combien vous désirez de trouver, dans ce saint exercice, le secours dont vous avez besoin. Je crois que vous ne sauriez être avec Dieu dans une trop grande confiance. Dites-lui tout ce que vous avez sur le cœur , comme on se décharge le cœur avec un bon ami, sur tout ce qui afflige ou qui fait plaisir. Racontez-lui vos peines, afin qu'il vous console ; diteslui vos joies, afin qu'il les modère ; exposez-lui vos désirs, afin qu'il les purifie : représentez-lui vos répugnances, afin qu'il vous aide à les vaincre ; pariez-lui de vos tentations, afin qu'il vous précautionne contre elles ; montrez-lui tomes les plaies de votre cœur, afin qu'il les guérisse !. Découvrez-lui votre tiédeur pour le bien, votre goût dépravé pour le mal, votre dissipation, votre fragilité, votre penebant pour le monde corrompu. Dites-lui combien l'amour-propre vous porte à être injuste contre le prochain ; combien la vanité vous tente d'être faux 2, pour éblouir les hommes dans le commerce ; combien votre orgueil se déguise aux autres et à vous-même. Quand vous lui. direz ainsi toutes vos faiblesses, tous vos besoinr et toutes vos peines, que n'aurez-vous point à lui dire ! Vous n'épuiserez jamais cette matière ; elle se renouvelle sans cesse.
1 Qtt'il les guérisse. Ce développement passe en revue tous les besoins et tous les maux de l'âme, et applique à chacun son remède, ce qui est l'objet principal de la prière.
2 Vous lente d'être faux. Voyez Les bons rcis, page i 4, noie 2 H La lié tique, page 72, note S,
414 WORCEAITX CHOISIS
Les gens qui n'ont rien de caché les uns pour les autres ne manquent jamais de sujets de s'entretenir ; ils ne préparent, ils ne mesurent rien pour leurs conversations, parce qu'ils n'ont rien à réserver Aussi ne cherchent-ils rien : ils ne parlent, entre eux, que de l'abondance du cœur; ils parlent sans réflexion, comme ils pensent ; c'est le cœur de l'un qui parle à l'autre; ce sont deux cœurs qui se versenL, pour ainsi dire, l'un dans l'autre. Heureux ceux qui parviennent à cette société familière et sans réserve avec Dieu ! (Correspondance .)