de l'amitié
Il ne faut point compter sur les amis d'une amitié superficielle, ni s'en servir sans un grand besoin ; mais il faut autant qu'on le peut, les ser-
1 II regarde etc. C'est le mot juste : il diffère de voir en ce qu'il exprime l'intention, la volonté : il ne voit pas seulement, 11 veut voir, il distingue uae chose ou un côté de li chose plutôt que les autres.
vir, et Zaïre en sorte qu'ils vous soient obligés. Il n'est pas nécessaire que ces gens-là soient tous d'un mérite accompli; il sufiit de lier commerce extérieur avec ceux qui passent pour les plus honnêtes gens. C'est ceux-là avec qui on s'arrête et on raisonne ', au lieu qu'on ne dit que bonjour aux autres. On les va voir chez eux aux occasions de compliments ; on se trouve avec eux en certains endroits, mais on n'est point de leurs plaisirs, et on ne les met point dans sa confidence. S'ils veulent pousser plus avant la liaison, on esquive doucement2; tantôt on a une affaire, tantôt une autre.
Pour les vrais amis, il faut les choisir avec de grandes précautions, et par conséquent se borner à un fort petit nombre, l'oint d'ami intime qui ne craigne Dieu, et que les pures maximes de la religion ne gouvernent en tout ; autrement il vous perdra, quelque bonté de cœur qu'il ait. Choisis-
1 On raisonne, mot pris dans un sens familier : avec qui l'on s'eniretient longuement. On ne dit que bonjour, locution aussi expressive que simple. Aux occasions de compliments, mot de la langue du dix-septième siècle, c'est-à-dire dans les occasions qui nécessitent une visite de compliment, lorsqu'il arrive à quelqu'un un événement heureux ou malheureux.
2 On esquive doucement. Ce passage, comme d'autres que nous citerons, donne des régies de conduite pour les gens du monde : c'est une morale appropriée aux besoins de la vie et non point renfermée dans les préceptes austères d'une perfection qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'atteindre au milieu de la société. Personne n'a le droit de se refuser à aucune de ces recommandations pratiques, comme trop difficile ou trop peu raisonnable. C'est plutôt la morale de Philinte que celle d'Alceste, mais en somma elle est utile et honnête.
saz, autant que vous pourrez, vos amis dans un âge un peu au-dessus du vôtre : vous en mûrirei plus promptement. A l'égard des vrais et intimes amis, un cœur ouvert * ; rien pour eux de secret que le secret d'autrui, excepté dans les choses où vous pourriez craindre qu'ils ne fussent préoccupés 2. Soyez chaud, désintéressé, fidèle, effectif3, constant dans l'amitié, mais jamais aveugle ?ur les défauts et sur les divers degrés de mérite de vos amis : qu'ils vous trouvent au besoin, et que leurs malheurs ne vous refroidissent jamais. Un ami malheureux est plus propre qu'un autre à soulager les peines que nous éprouvons '*. (Lettres spirituelles.)