‹ Morceaux choisisChapitre 128 sur 164 · CONSEILS A UN JEUNE PRINCE · texte numérisé non relu

CONSEILS A UN JEUNE PRINCE

Enfant de saint Louis 2, imitez votre père : soyez, comme lui, doux, humain, accessible, affable, compatissant et libéral. Que votre grandeur ne vous empêche jamais de descendre avec bonté jusqu'aux plus petits pour vous mettre eu leur place, et que cette bonté n'affaiblisse jamais ni votre autorité ni leur respect. Etudiez sans cesse les hommes, apprenez à vous en servir sans vous

1 Quand l'empereur ne vous tromperait pas. Allusion à la déception que le connétable éprouva en effet de la part de Charles-Quint, lorsque ce prince n'eut plus besoin de lui.

2 Saint Louis, ou Louis IX, fils de Louis VIII dit Cœur le Lion et de Blanche de Castille, réunit toutes les plus lautes qualités d'un grand roi à la piété qui lui mérita le jom de saint, même de son vivani. Né en 1215, roi en 1226, 1 mourut de la peste en 1270, sur la côte d'Afrique, dans la ieconde croisade au'il venait d'entreprendre contre les Inûièles.

livrer à eux. Allez chercher le vrai mérite jusqu'au bout du monde i : d'ordinaire, il demeure modeste et reculé. La vertu ne perce point la foule; elle n'a ni avidité ni empressement; elle se laisse oublier. INe vous laissez point obséder par des esprits flatteurs et insinuants : faites senlir que vous n'aimez ni les louanges ni les bassesses. Ne montrez de la confiance qu'à ceux qui ont le courage de vous contredire dans le besoin avec respect, et qui aiment mieux votre réputation que votre faveur.

La force et la sagesse de saint Louis vous seront données, si vous les demandez en reconnaissant humblement votre faiblesse et votre impuissance. Il est temps que vous montriez au monde une maturité et une vigueur d'esprit proportionnées au besoin présent. Saint Louis, à votre âge, était déjà les délices des bons et la terreur des méchants. Laissez donc tous les amusements de l'âge passé : faites voir que vous pensez et que vous sentez ce que vous devez penser et sentir. Il faut que les bons vous aiment, que les méchants vous craignent, et que tous vous estiment. Hàlez-vous de vous corriger, pour travailler utilement à corriger les autres.

La piété n'a rien de faible, ni de triste, ni de gêné : elle élargit le cœur; elle est simple et aimable; elle se fait toute à tous 2 pour les gagner tous. Le royaume de Dieu ne consiste point dans une scrupuleuse observation de petites formalités:

1 Jusqu'au bout du monde. Hyperbole du style familier, c.-à-d. dans les lieux les plus cachés et les plus éloignés.

2 Toute à tous. Locution du dix -septième siècle: Saint- Simon l'emploie en parlant de F«inelon lui même.

de FËNELOlt. 461

il consiste pour chacun dans les vertus propres à son- état. Un grand prince ne doit point servir- Dieu de la même façon qu'un solitaire ou qu'un simple particulier. Saint Louis s'est sanctifié en grand roi. Il était intrépide à la guerre l, décisif dans les conseils, supérieur aux autres hommes par la noblesse de ses sentiments, sans hauteur, sans présomption, sans dureté. 11 suivait en tout les véritables intérêts de sa nation, dont il était autant le père que le roi. Il voyait tout de ses propres yeux dans les affaires principales. 11 était appliqué, prévoyant, modéré, droit et ferme dans les négociations, en sorte que les étrangers ne se fiaient pas moins à lui que ses propres sujets2. Jamais prince ne fut plus sage pour policer les peuples, et pour les rendre tout ensemble bons et heureux. Il aimait avec tendresse et confiance tous ceux qu'il devait aimer; mais il était ferme pour corriger ceux qu'il aimait le plus, quand ils avaient tort. Il était noble et magnifique selon les mœurs de son temps, mais sans faste et sans luxe. Sa dépense, qui était grande, se faisait avec tant d'ordre, qu'elle ne l'empêchait pas de dégager tout son domaine.

Longtemps après sa mort, on se souvenait encore avec attendrissement de son règne, comme

1 A la guerre. Il fit la guerre au comte de !a Marche, qui lui refusait l'hommage, et au roi d'Angleterre Henri 111 allié de ce vassal ; il remporta sur Henri III les batailles de Taillebourg et de Saintes. Dans la l" croisade, après de brillants succès, il fut fait prisonnier avec ses deux frères, à la bataille de Mansourah.

2 Que ses propres sujets. Il fui pris pour médiateur d'abord entre le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric II, puis entre le roi d'Angleterre Henri III et ses grands vassaux

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de celui qui devait servir de modèle aux autres pour tous les siècles à venir. On ne parlait quedes poids, des mesures, des monnaies, des coutumes, des lois, de la police, du règne du bon roi saint Louis !. On croyait ne pouvoir mieux faire que de ramener tout à cette règle. Soyez l'héritier de ses vertus avant que de 1 être de sa couronne. Invoquezle avec confiance dans vos besoins. Souvenez-vous que son sang coule dans vos veines, et que l'esprit de foi qui Ta sanctifié doit être la vie de votre cœur. 11 vous regarde du haut du ciel où il prie pour vous, et où il veut que vous régniez un jour en Dieu avec lui. Unissez votre cœur au sien. (Correspondance.)

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