‹ Morceaux choisisChapitre 144 sur 164 · ÉTUDES NÉCESSAIRES A i/ORATEUR · texte numérisé non relu

ÉTUDES NÉCESSAIRES A i/ORATEUR

Platon veut que l'orateur ait commencé par l'étude de l'homme en général ; qu'après il se soit appliqué à la connaissance des hommes, en particulier, auxquels il doit parler. Ainsi il faut savoir ce que c'est que l'homme, sa fin , ses intérêts véritables; de quoi il est composé, c'est-àdire de corps et d'esprit; la véritable manière de le rendre heureux; quelles sont ses passions, les excès qu'elles peuvent avoir, la manière de les régler, comment on peut les exciter utilement pour lui faire aimer le bien ; les règles qui sont propres à le faire vivre en paix et à entretenir la société. Après cette étude générale vient la par- -.iculière ' : il faut connaître les lois et les coutumes de son pays, le rapport qu'elles ont avec le tempérament des peuples, les mœurs de chaque condition, les éducations différentes, les

1 La particulière. L'étude particulière : cette sorte d'eilipse était trés-fréquente au dix-septième siècle.

préjugés et ïes intérêts qui dominent dans le siècle où Ton vit, le moyen d'instruire et de redresser les esprits. Vous voyez que ces connaissances comprennent toute Ja philosophie la plus solide. Ainsi Platon montre par là qu'il n'appartient qu'au philosophe d'être véritable orateur... Cicéron a presque dit les mêmes choses — Il demande, comme Platon, que l'orateur soit hou dialecticien ; qu'il sache définir, prouver, démêler les plus subtils sophismes. il ditque c'est détruire la rhétorique , de la séparer de la philosophie ; que c'est faire des orateurs, des déclamaleurs puérils sans jugement. Non-seulement il veut une connaissance exacte de tous les principes de la morale, mais encore une étude particulière de l'antiquité. Il recommande la lecture des anciens Grecs ; il veut qu'on étudie les historiens, nonseulement pour leur style, mais encore pour les faits de l'histoire; surtout il exige l'étude des poètes, à cause du grand rapport qu'il y a entre les ligures de la poésie et celles de l'éloquence. En un mot, il répète souvent que l'orateur doit se remplir l'esprit de choses avant que de parler. Je crois que je me souviendrai de ses propres termes, tant je les ai relus, et tant ils m'ont fait d'impression; vous serez surpris de tout ce qu'il demande. L'orateur, dit-il, doit avoir la subtilité des dialecticiens, la science des pnilosophes, la diction presque des poètes, la voix et les gestes des ph «s grands acteurs1. [Dialogues sur l'éloquence).

1 Lnraleur, dit-il, d<nl nmir, etc. « In oralore acumen dialeclirorum, senlentia? phiiosophorum, verba prope poetarum, memoria jurisconsullorum, \ox tragu-dorum, gestus pêne summorum aclorum esl requirendus, » De Oro/ore, l.l, c. il

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