‹ Morceaux choisisChapitre 15 sur 164 · CORTEGE d'àMPHITRITE · texte numérisé non relu

CORTEGE d'àMPHITRITE

Nous aperçûmes des dauphins couverts d'une écaille qui paraissait d'or et d'azur. En se jouant, ls soulevaient les flots avec beaucoup d'écume. ..près eux venaient des tritons2 qui sonnaient de 'a trompette avec leurs conques recourbées. Ils environnaient le char d'Amphitrile, traîné par des chevaux marins plus blancs que la neige, et qui, fendant Tonde salée, laissaient loin derrière eux un vaste sillon dans la mer; leurs yeux étaient enflammés, et leurs bouches étaient fumantes. Le char de la déesse était une conque d'une merveilleuse figure ; elle était d'une blancheur plus éclatante que l'ivoire, et les roues étaient d'or. Ce char semblait voler- sur la surface des eaux paisibles. Une troupe de nymphes couronnées de fleurs nageaient3 en foule derrière le char; leurs beaux cheveux pendaient sur leurs épaules et flottaient au gré du vent. La déesse tenait d'une main un sceptre d'or pour commander

res. Aussi claires que le cristal, semblait couronner, comme une glace, comme des montagnes, semblaient se jouer, sont des comparaisons.

1 Amphitrite, déesse de la mer, fille de Nérée ou de l'Océan, et de Doris, épouse de Neptune.

2 Tritons, dieux marins subalternes, représentés avec un buste et une télé d'homme, mais le bas du corps terminé en forme de poisson. Frères ou fils de Triton leur homonyme, fils de Neplune et d'Amphilrite , ou, selon de plus vieilles traditions, de l'Océan. Leur fonction ordinaire est celle

. qu'ils remplissent ici. — Conque, espèce de coquille.

3 Une foule de nymphes nageaient. Le sujet est ici non le substantif partitif, mais le dernier substantif qui fait l'action marquée par le verbe. Gram. desgram., 2e éd. p 591

aux vagues, de l'autre elle portait sur ses genoux le petit dieu Palémon son iils pendant à sa mamelle. Elle avait un visage serein et une douce majesté qui faisait fuir les vents séditieux * et toutes les noires tempêtes. Les tritons conduisaient les chevaux, et tenaient les rênes dorées. Une grande voile de pourpre flottait dans Pair au-dessus du char; elle était à demi enflée par le souffle d'une multitude de petits zéphyrs8 qui s'efforçaient de la pousser de leurs haleines. On voyait au milieu des airs Eole3 empressé, inquiet et ardent: son visage ridé et chagrin , sa voix menaçante , ses sourcils épais et pendants , ses yeux pleins d'un feu sombre et austère, tenaient en silence les fiers aquilons * et repoussaient tous les nuages. Les immenses haleines et tous les monstres marins, faisant avec leurs narines un flux et un reflux de l'onde amère5, sortaient à la hâte de leurs grottes profondes pour voir la déesse6. (Télémaque, 1. iv.)

1 Séditieux... Les tempêtes et les vents violents sont des sujets rebelles de Neptune et d'Ampliitrite.

2 Zéphyrs. La fable personnifiait sous ee nom le vent d'ouest, vent doux et léger. 11 était 01s d'Eole, dieu des tents et de l'Aurore.

3 Eole, fils de Jupiter et de Ménalippe, dieu des vents. Il régnait sur les îles appelées Vu le antennes ou Eoliennes, c'est-à-dire les sept îles Lipari, situées dans la mer Tyrrhéoienne au N de la Sicile.

» Aquilon, vent du nord, violent et impétueux.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.

La Fontaine, 1. i, fabl. 22.

5 L'onde amère. Ambre, à cause de sa saveur salée.

6 Les tableaux allégoriques de ce genre ont été reproduits souvent par la poésie comme par la peinture. La pièce d'eau appelée le char de Neptune, dans ie jardin de Versailles, à l'extrémité du 1;j|>is vert, les, réalise à la vue.

MORCEAl'X CHOISIS

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